karl philip von schwarzenberg
(1771 - 1820)
Le prince Karl Philip appartenait à une vieille famille aristocratique du Saint-Empire, possessionnée en Franconie. Un Schwarzenberg avait servi les Habsbourg, en Hongrie, dans leur lutte contre les Turcs. La famille s’établit définitivement en Bohême, au XVIIIe siècle, où elle acquit d’immenses domaines.
Le prince Karl Philip est né le 15 avril 1771 à Vienne. Très jeune, il est destiné à la carrière des armes, car les emplois de haut rang étaient encore réservés, dans l’armée autrichienne, aux descendants des grandes familles aristocratiques. Il est élève à l’Académie militaire de Wiener-Neustadt, fondée par Marie-Thérèse pour assurer la formation des jeunes officiers. En 1788, à dix-sept ans, il est nommé sous-lieutenant au régiment d’infanterie de Brunswick. Avec les guerres, il se révèle très vite comme un officier courageux, véritable entraîneur d’hommes, capable d’arracher la victoire par une décision rapide et énergique.
Après la guerre austro-turque, il est nommé capitaine, à la suite d’une action d’éclat à Sabacz, en Slavonie. Il est attaché, en 1789, à l’état-major du maréchal Laudon (1716-1790). En 1791, il est promu chef d’escadron et intègre la cavalerie, qu’il ne quittera plus et qui convenait beaucoup mieux à son tempérament. D’abord dragon, il passe chez les uhlans en 1792 et il est nommé colonel de cuirassiers en 1794, à 23 ans. Il se distingue à la bataille de Nerwinden (18 mars 1793) et surtout à la bataille du Cateau (26 avril 1794) où il se couvre de gloire. Il est décoré sur le champ de bataille par l’empereur d’Autriche de la croix de chevalier de l’ordre de Marie-Thérèse. Il participe à la campagne d’Allemagne (1796) comme général de brigade.
En septembre 1800, il est promu général de division et sert sous les ordres de l’archiduc Charles, qui lui confie l’aile droite de son armée à la bataille de Hohenlinden (3 décembre 1800). Les succès limités de Schwarzenberg n’empêchent pas la défaite autrichienne (c’est le général Moreau qui remporte la victoire) mais il réussit à protéger la retraite de l’archiduc Charles. Puis, de nouvelles activités lui sont confiées. On l’envoie à Saint-Pétersbourg à l’occasion de l’accession au trône du tsar Alexandre Ier, et l’archiduc Charles le fait nommer en 1805 vice-président du conseil de la Guerre (tenant lieu de ministère de la Guerre), dont l’archiduc assumait la présidence.
À Ulm, le prince Schwarzenberg échappe au piège des Français, avec 1 800 cavaliers, après avoir percé les lignes françaises et découragé une poursuite de cinq jours, par Murat. Peu après, il déconseille d’engager la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805) : c’était une preuve de clairvoyance...
L’empereur d’Autriche le récompense en le faisant commandeur de l’ordre de Marie-Thérèse et en le nommant ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Sa mission consiste à obtenir, pour le moins, la neutralité russe lorsque l’Autriche reprendra la guerre contre la France. En 1809, au début des hostilités, le tsar hésite un instant à rejoindre l’Autriche, mais la défaite de l’archiduc Charles à Eckmühl l’incite à une prudente neutralité. Schwarzenberg, lui, reprend du service et participe à la bataille de Wagram (5-6 juillet 1809) à la tête d’un corps de cavalerie, ce qui lui vaut d’être promu général de corps d’armée, mais Napoléon remporte la victoire grâce à la puissante artillerie de la Garde. Ensuite, Metternich l’envoie comme ambassadeur à Paris. Le 26 novembre 1809, il présente ses lettres de créance à Napoléon. Il négocie et réussit le mariage de Napoléon et de l’archiduchesse Marie-Louise (avril 1810).
Le 1er juillet 1810, le prince donne un grand bal à l’ambassade d’Autriche, dans son hôtel, cité de la Chaussée-d’Antin (Paris) en l’honneur du mariage de Napoléon et de Marie-Louise. L’empereur et l’impératrice sont là, avec vingt rois, reines, princes et princesses, une foule d’altesses impériales, royales ou grand-ducales, les maréchaux, les ambassadeurs, les ministres... Alors que la fête bat son plein, une bougie enflamme un rideau de tulle et le feu se propage rapidement. Une épouvantable bousculade s’ensuit. La princesse Pauline de Schwarzenberg, belle-sœur de l’ambassadeur, est brûlée vive. Plusieurs personnes sont grièvement blessées (dont le prince de Kourakine, ambassadeur de Russie, la générale Toussaint...). Des malandrins s’infiltrent et en profitent pour voler les bijoux des dames, arrachant même des boucles d’oreilles.
Napoléon a entraîné Marie-Louise dehors et pris la direction des secours. Tout près de l’hôtel Schwarzenberg, Regnault de Saint-Jean d’Angély organise une ambulance dans le petit hôtel qu’il habite, rue de Provence pour recueillir et donner les premiers soins aux victimes. Au petit jour, après qu’un formidable orage se soit abattu sur Paris, Napoléon remonte dans sa voiture pour regagner Saint-Cloud. Il paraît très abattu et répète plusieurs fois pendant le trajet : « Quelle terrible fête ! » La censure interdit toute relation dans les journaux. Le nombre des victimes demeure indéterminé : une soixantaine, une centaine ? À la suite des carences qu’il a constatées, Napoléon met fin aux fonctions du préfet de police Dubois qui, le 14 octobre 1810, est remplacé par le baron Pasquier ; d’autre part, l’empereur, par décret du 18 septembre 1811, décide la militarisation des sapeurs-pompiers de la ville de Paris.
Napoléon, qui estime Schwarzenberg, demande qu’on confie à ce dernier le commandement du corps d’armée autrichien intégré dans la Grande Armée d’invasion, en 1812. Toujours à la demande de Napoléon, Schwarzenberg est nommé feld-maréchal par l’empereur d’Autriche, le 2 décembre 1812. Aussi, il commande l’aile droite (30 000 hommes) de l’armée d’invasion et couvre Varsovie. Il dirige son corps d’armée avec brio et profite de la situation pour prendre les villes de Sloutsch et de Prinsk, sur les lisières nord et ouest des marais du Pripet, avec des stocks considérables de vivres dont ses troupes avaient besoin. Mais, ce n’était là que des opérations secondaires entreprises pour soutenir le prestige du corps expéditionnaire autrichien face aux Français qui les traitaient de fainéants et pour atténuer l’humiliation d’une retraite jusqu’aux frontières du grand duché de Varsovie, que Schwarzenberg savait maintenant inévitable.
Avec ses 30 000 hommes, il manœuvre habilement contre les 80 000 hommes de Tchitchakov. Après le difficile passage de la Bérézina, il tient tête aux Russes de Langeron et facilite la retraite de l’armée française, puis il rejoint son poste diplomatique, à Paris, pour tenter de faciliter une paix de compromis entre Napoléon et les alliés. Le 13 avril 1813, à Saint-Cloud, Napoléon le reçoit et lui dit par deux fois : « Vous avez fait une belle campagne. »
En 1813, lorsque l’Autriche se range aux côtés de la Russie et de la Prusse, contre la France, les alliés lui confient le commandement suprême (généralissime) de leurs armées. Cependant, cette tâche est plus malaisée que ne le laisse supposer la relative supériorité numérique des coalisés. Schwarzenberg commande à une pléiade de généraux plus opposés que vraiment unis. Les quatre armées d’invasion ennemies sont bien différentes dans leur composition, leur formation et leurs méthodes : elles combattent rarement ensemble. Il dispose d’une masse de cavalerie qui augmente les difficultés de ravitaillement sans vraiment accroître les capacités offensives des alliés. Enfin, les coalisés sont beaucoup plus lents que Napoléon.
La campagne de Saxe débute par les victoires de Napoléon à Lützen (2 mai 1813), Bautzen (20 mai 1813) et Dresde (25-26 août 1813, celle-ci contre le généralissime). Néanmoins Schwarzenberg connaît son adversaire, de sorte qu’il opère avec une grande prudence. Il contraint Napoléon à se replier sur l’Elbe et concentre ses propres forces pour éviter que l’empereur ne les rencontre et les batte séparément. Il pratique le style indirect et quand les Français sont suffisamment affaiblis, il les refoule dans la plaine de Leipzig et leur livre bataille le 15 octobre 1813. Napoléon tente d’enfoncer le centre des alliés, mais il est repoussé et Schwarzenberg lance une contre-offensive avec une charge de cavalerie qui se révèle décisive. La défection des Saxons et des Wurtembergeois et l’arrivée de 30 000 Autrichiens de Colloredo et de Blücher transforment la Bataille des nations en une défaite française. La destruction prématurée d’un pont, par un caporal du génie, isole les corps de Macdonald, Reynier, Lauriston et Poniatowski, avec 200 canons. Napoléon, faute de munitions, ordonne la retraite au cours de la nuit du 18 au 19 octobre 1813. L’armée française est protégée par la Vieille Garde. Les Français franchissent le Rhin, le 1er novembre 1813. Ensuite, c’est l’invasion, marquée par la remarquable campagne de France de Napoléon.
Après Leipzig, Schwarzenberg exploite sa victoire sans tarder. Il souhaite envahir la France avant l’hiver en laissant derrière lui les forteresses. C’est lui qui pousse les alliés à marcher sur Paris. Les événements lui donnent raison : après la capitulation de Marmont, les alliés entrent dans Paris.
Le 5 mai 1814, le prince Schwarzenberg se démet de son commandement, puis il est nommé président du conseil de la Guerre par l’empereur d’Autriche. Avec Wellington et Blücher, mais avec des responsabilités supérieures, il est l’un des vainqueurs de Napoléon. En 1815, Schwarzenberg rentre en France par l’Alsace avec les troupes autrichiennes. Mais l’Autriche ne participera pas à la campagne de Belgique (Waterloo, 18 juin 1815).
Le prince de Schwarzenberg reçut de l’empereur d’Autriche une terre en Hongrie et la possibilité de joindre à ses armes soit celles de la ville de Paris, soit celles de la Maison d’Autriche (il choisit ces dernières). Il fut décoré de presque tous les ordres civils et militaires européens : en France, il fut Grand-Aigle de la Légion d’honneur, le grade le plus élevé.
Le prince meurt à la suite d’une attaque d’hémiplégie, le 15 octobre 1820, à Leipzig, à quarante-huit ans.
L’empereur d’Autriche déclara : « Nous perdons en lui, non seulement un grand capitaine, mais aussi un grand homme d’État, car il nous a prouvé qu’il savait être l’un et l’autre. » Et, l’empereur ordonna que l’armée prît le deuil pendant trois jours et que son épée fût conservée à l’arsenal de Vienne. De son côté, l’empereur de Russie Alexandre Ier déclara : « L’Europe a perdu un héros et moi un ami que je regretterai tant que je vivrai. »
Le prince a été inhumé en Bohême, selon son désir, en République tchèque, à Orlik (anciennement Worlik), à cent kilomètres au sud de Prague par la route 4, en bordure du barrage (vallée de la Vltava), dans l’ancienne propriété de la famille Schwarzenberg. Il a sa statue équestre à Vienne.
Marc Allégret