LES OUBLIÉS D’ARRAS :

JEAN ADAM & JEAN PAUL SCHRAMM,

GÉNÉRAUX D’EMPIRE

 

 

JEAN ADAM SCHRAMM : ORIGINES ET JEUNESSE

 

Beinheim est une petite ville de la rive gauche du Rhin située à une quarantaine de kilomètres au nord de Strasbourg ; elle dépendait, avant la Révolution, du margraviat allemand du Bade, alors sous influence française. C’est là que naît Jean Adam Schramm le 23 décembre 1760. Il est le deuxième des quatre enfants de Jacques Schramm, gardien de troupeau de la commune, et de Barbara Himmel, tous deux catholiques.

Sa jeunesse est des plus ordinaires puisque Jean Adam aide son père en gardant les oies. Mais il a une passion : la musique. Il joue de la cornemuse et il chante à ravir.

Beinheim est à l’époque un important point de franchissement du Rhin par bac, et de nombreuses personnalités s’y arrêtent. C’est le cas du prince Max de Zweibrücken-Birkenfeld, futur roi de Bavière, lorsqu’il va de Strasbourg où il réside à Landau où est stationné son régiment, le Royal Alsace.

C’est ainsi qu’un jour le prince voit Jean Adam Schramm et est ému par son talent musical. Le soir même, alors qu’il était sous le coup d’une lourde amende pour avoir coupé un arbre, le jeune homme part discrètement de chez lui et rejoint le prince. Ce dernier le prend sous sa coupe, lui fait donner quelques rudiments d’instruction et l’engage à embrasser la carrière militaire.

C’est chose faite en février 1777, lorsque Jean Adam Schramm signe son engagement dans le régiment suisse de Diesbach, intégré à l’armée française. Et le voici fusilier dans la compagnie Ulmann. Il est caserné à Gravelines, puis à Abbeville, puis à Brest, d’où le régiment doit partir pour la guerre d’indépendance de l’Amérique. Mais l’embarquement tarde et le régiment attend, tantôt à Morlaix, tantôt à Brest. Cela durera deux ans.

Finalement, le régiment de Diesbach n’ira pas en Amérique ; le voici à Boulogne en 1781, à Rochefort en 1782, à Gravelines et Bergues en 1783, puis à Bapaume en 1784 ; il y restera quatre ans. Cependant, Jean Adam Schramm a été nommé caporal le 1er mars 1782, sergent le 17 septembre 1784, et sergent-major le 10 octobre 1786.


Histoire du régiment de Diesbach

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEAN ADAM SCHRAMM À ARRAS

 

Au milieu de l’année 1788, le régiment de Diesbach, qui compte alors 1 250 officiers, sous-officiers et hommes de troupe, quitte Bapaume avec femmes et enfants et s’installe à Arras, dans les "cazernes" du Grand-Quartier (ou de l’Esplanade, sur l’actuel cours de Verdun). Il voisine avec le Royal Champagne (cavalerie) et le régiment suisse de Salis-Samade. Le régiment de Diesbach est affecté à des missions de maintien de l’ordre, comme lors des émeutes frumentaires de l’automne 1788 à Saint-Omer et de mai 1789 à Amiens : les soldats doivent garder les moulins pour en éviter le pillage.

En juillet 1789, la révolte gronde à Paris. Le régiment de Diesbach  s’y rend à marches forcées et campe, entre autres, sur le Champ-de-Mars, sous les quolibets de la population. Le 12, les hommes sont sous les armes, prêts à intervenir. Le 14 au soir, après la prise de la Bastille, une délégation de la population arrive à l’hôtel de ville et demande à M. de Besenval, commandant général des troupes suisses, de faire cause commune avec le peuple. Il refuse.

 Les régiments de Diesbach et de Salis-Samade lèvent le camp et gagnent Sèvres puis Marly. Le 17, le régiment de Diesbach repart pour Arras. Il ne peut rentrer en ville qu’en substituant la cocarde tricolore à sa cocarde blanche. Reprennent alors les missions de maintien de l’ordre : à Péronne et dans les campagnes d’Arras où, selon la rumeur, des voleurs sont en train de couper le blé encore vert…

Le 4 août 1789, l’Assemblée nationale accorde aux communes le droit de réquisitionner l’armée pour le maintien de l’ordre. À Arras, les troupes sont alors dispersées pour des missions civiles ; des soldats désertent, troublés par les idées nouvelles ; des clubs militaires se créent et incitent à la mutinerie. Le 20 octobre, quelques cuirassiers s’en prennent à leur major qui échappe de peu au lynchage.

Le 28 octobre, le comte Gaspard de Sommièvre, commandant en second des forces militaires d’Artois, rassemble les troupes sur la Grand-Place d’Arras et tente de calmer le jeu : il jure de contribuer au maintien de la tranquillité publique. La cohabitation s’installe, tant bien que mal.

 

 

JEAN PAUL COMMENT ?  

 

C’est à Arras, sans doute à la caserne même, que naît, le 1er décembre 1789, un enfant prénommé Jean, Paul, Adam ; toute sa vie il se fera nommer Schramm.

Mais ce n’est pas si simple. De nombreux historiens ont cherché la preuve de cette filiation. Jusqu’à ce que M. Bras, chef du bureau de l’état civil d’Arras, découvre, à la fin du XIXe siècle, sur les registres de la paroisse Saint-Nicaise dont dépendaient les casernes, l’acte de baptême suivant  :

« Lan mil sept cent quatre vingt neuf le premier de décembre je prêtre vicaire soussigné ai baptisé le fils né le même jour vers deux heures du matin en légitime mariage d’Henri Claessens soldat au régiment de Diesbacq Suisse en garnison sur cette paroisse, (+) auquel on a imposé les noms de Jean Paule Adam, son parain fut Jean Adam Schramm sergent major dans le dit régiment, et sa maraine fut Marie Paule Fort, épouse de Joseph Molle grenadier audit régiment. (+) La mère de l’enfant (épouse dudit Henrÿ Classe) est Magdelaine Wallé(z) ; le père absent le parain et la maraine ont signé avec nous, vicaire. Marie Faure fame Molle / Jean Adam Schramm / Boucher vic. »


Passons sur les ratures suspectes et adjonctions marginales de cet acte pour avancer deux hypothèses :
         1 – Jean Paul est un enfant adultérin que son vrai père, Jean Adam Schramm, a ensuite reconnu.
         2 – Jean Adam Schramm n’était que le parrain de Jean Paul qu’il a ensuite adopté après la disparition du vrai père Henri Claessens.

Hypothèses car personne n’a trouvé d’acte de mariage entre Jean Adam Schramm et Madeleine Wallez (parfois prénommée Marie-Madeleine, voire Séraphine ; nommée parfois Vallet, Wallet ou Wallée, Woillet, Voilet ou Violet, voire Woitel ou Weitel) ; certains affirment qu’ils se sont mariés le 15 mai 1789. Personne n’a non plus trouvé d’acte de reconnaissance de paternité ou d’adoption de Jean Paul Adam par Jean Adam Schramm.

Cela n’aurait guère d’importance si Jean Adam n’était devenu riche et si les deux Schramm n’avaient été de brillants généraux d’empire dont les noms sont gravés sur l’Arc de Triomphe de Paris.


Acte de baptême

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FIN DU RÉGIMENT DE DIESBACH 

 

Le 28 février 1790, l’Assemblée constituante décide de ne plus recruter de militaires étrangers et exige des officiers des régiments suisses qu’ils lui prêtent serment de fidélité. Considérant cette décision contraire à la grande alliance conclue en 1444 entre les cantons suisses et le roi de France, le comte Philippe Ladislas de Diesbach présente sa démission, qui est refusée.

Mais les Suisses restent suspects aux yeux de la population. Par mesure de sécurité, le régiment de Diesbach quitte les casernes à l’automne pour s’installer dans la citadelle d’Arras ; puis, fin décembre, il part pour Lille. Mais, après l’arrestation de Louis XVI à Varennes, les Lillois envahissent leurs casernes et délivrent les prisonniers. La position devient difficile pour les soldats du régiment de Diesbach, d’autant que les officiers refusent d’être payés en assignats. En décembre, M. de Narbonne, ministre de la Guerre, vient leur rendre visite, alors même que des détachements sont en mission de maintien de l’ordre à Tourcoing, Bailleul et Armentières. Le paiement en assignats étant devenu la règle pour tous, les soldats se rebellent et le maire de Lille doit intervenir le 20 janvier 1792 pour appeler à la modération.

Le 20 avril, la France déclare la guerre à l’Autriche. Les Suisses, souvent proches des Autrichiens, hésitent à s’engager. Aussi la décision est-elle prise de ne pas les envoyer au combat et de les laisser cantonnés à Lille, pour des missions de maintien de l’ordre. C’est ainsi qu’ils auront à contrer la révolte du 29 avril 1792 où le général Théobald Dillon sera tué par ses hommes.

 Après le massacre des Tuileries, le 10 août 1792, au cours duquel 650 gardes suisses sont tués, l’Assemblée licencie tous les régiments étrangers. Les soldats du régiment de Diesbach se dispersent. Certains rentrent dans leur pays. D’autres rejoignent les armées ennemies, d’autres encore les armées révolutionnaires. C’est le cas, semble-t-il, du sergent-major Jean Adam Schramm qui passe au 1er bataillon de chasseurs francs du Nord (2e demi-brigade d’infanterie légère) avec le grade de capitaine le 12 août 1792.

Sa nouvelle unité, qui changera de nom à plusieurs reprises, combat au sein de l’Armée du Nord. Et c’est là que Jean Adam Schramm va commencer à se couvrir de gloire… et de mystère. 


Qui est Philippe Ladislas de Diesbach

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE CAPITAINE JEAN ADAM SCHRAMM

 

Voici le capitaine Schramm dans l’Armée du Nord du général Dumouriez, chargée de chasser les Autrichiens qui veulent remettre Louis XVI sur le trône. Lors de la bataille de Boussu (près de Mons) le 3 novembre 1792, Schramm attaque l’ennemi avec seulement 200 hommes. Submergé par    3 500 adversaires, il se bat jusqu’au bout. Il n’y aura que dix-sept survivants français, tous couverts de blessures ; Schramm a reçu trois coups de sabre et un coup de feu à l'épaule droite; il restera deux heures parmi les morts du champ de bataille.

Malgré ses blessures, il participe à la prise de Mons, au com­bat de la montagne de Fer, à la prise de Liège… À Tirlemont, le 15 mars 1793, il est blessé à la jambe gauche. Sitôt rétabli, le voici à nouveau sur le front. Il reçoit un coup de pied de cheval alors qu’il est aux avant-postes du camp de Pallen le 11 septembre 1793.

C’est alors que se situe une nouvelle énigme : Jean Adam Schramm disparaît pendant plus d’un an. Certains historiens font l’impasse : « De 1794 à 1795, Armée de Sambre-et-Meuse : rien à signaler. » Pour d’autres, il aurait été affecté à l’Armée des Pyrénées. Ce qui est sûr, c’est qu’il est incarcéré pour une raison inconnue pendant quinze mois, puis libéré par Garrau sur ordre du Comité de salut public. Il est probable que cette incarcération résulte du fait que Schramm s’est mis un temps au service du roi de Prusse en 1792.

 Réintégré dans l’Armée de Sambre-et-Meuse (22e demi-brigade d’infanterie légère), il participe aux sièges de Landrecies et du Quesnoy. Le 2 juin 1795, il est  blessé d'un éclat d'obus à la jambe gauche au siège de Luxembourg. Il est à nouveau au combat au passage du Rhin, puis à Düsseldorf le 6 septembre 1795, sur la Lahn  le 19, au deuxième passage du Rhin le 6 juin 1796, puis à nouveau sur la Lahn le 18 juin ; là, malgré des forces bien plus faibles, il arrête les Autrichiens, rallie toutes les troupes françaises et les lance contre l’ennemi qui, culbuté en un instant, repasse la rivière sous un feu nourri.

En 1797, son unité est placée sous les ordres du général Bernadotte qui rejoint l’Armée d’Italie, commandée par Bonaparte. Le capitaine Schramm prend part à la bataille de Tarvisio le 23 mars ; dans le poste de commandant du 2e bataillon, il « coopère à la gloire de cette journée ». Cela lui vaut d’être nommé chef de bataillon le 27 avril 1797.

 

 

DE LA SUISSE À L’ALLEMAGNE… VIA L’ÉGYPTE

 

Chef de bataillon à la 2e demi-brigade d’infanterie légère le 27 avril 1797, Schramm participe au siège de Fribourg (Suisse). Et c’est la grande aventure puisque son unité est affectée à l'Armée d'Orient en mai 1798. Voici Schramm en Égypte avec Bonaparte. Il est présent à la prise d’Alexandrie le 2 juillet 1798.

 En février 1799, il rejoint la division Kléber en Syrie ; il est à la bataille du mont Thabor le 16 avril 1799 et au siège de Saint-Jean-d’Acre de mars à mai 1799. Chargé de la reconnaissance et de la garde des deux ponts sur le Jourdain, Schramm y accomplit un remarquable travail. Il se distingue à la bataille de Lesbeh (Damiette), lors du débarquement des Turcs. Nommé sur le champ de bataille chef de brigade avec rang de colonel par Kléber le 1er novembre 1799, il sera confirmé dans ce grade par arrêté des Consuls du 31 octobre 1801.

 C’est durant cette campagne que se situe un fait surprenant : le 19 octobre 1799 arrive en Égypte un jeune garçon qui n’a pas encore dix ans. On l’appelle Jean Paul Schramm. Il est immédiatement placé auprès de son père dans la 2e demi-brigade d'infanterie légère, avec le grade de caporal. Dès le 24 décembre 1799, le voici sergent. Que fait-il d’exceptionnel ? L’histoire ne l’a pas retenu. Peut-être a-t-il été aide de camp de son père. Toujours est-il qu’il est nommé sous-lieutenant provisoire le 30 juil­let 1800 par Menou lui-même, lequel est devenu général en chef de l'armée d'Orient après l’assassinat de Kléber. Jean Paul Schramm n’a même pas onze ans.

 Au retour d’Égypte en 1802 après la capitulation d’Alexandrie, la demi-brigade de Jean Adam Schramm est placée en garnison à Genève. C’est là que Jean Paul retrouve sa mère Madeleine Wallez, mais elle meurt le 10 frimaire an XI (1er décembre 1802). C’est là aussi que Jean Adam Schramm est nommé, le 11 décembre 1803, chevalier de la Légion d’honneur, puis, le 14 décembre, comman­dant du 3e régiment de grenadiers de la réserve, lequel est envoyé à… Arras.

 En 1804, Jean Adam Schramm commande le 2e régiment d’infanterie légère et à ce titre, il est avec Napoléon à Boulogne-sur-Mer et à Arras lors du projet d’invasion de l’Angleterre. Il est promu officier de la Légion d’honneur le 15 juin 1805. Puis, voici les Schramm père et fils en route pour l’Allemagne.


Jean-Adam Schramm colonel à Arras

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JEAN ADAM SCHRAMM DANS LA GRANDE ARMÉE

 

Après l’invasion de la Bavière par l’Autriche le 8 septembre 1805, Napoléon repart en guerre. Jean Adam Schramm, affecté à la division Oudinot, se signale à Austerlitz le 2 décembre 1805. Il fait 800 prisonniers et contraint un corps de 8 000 hommes à se rendre. Il est nommé général de brigade par Napoléon sur le champ de bataille. Il rejoint le 8e Corps de la Grande Armée (Mortier) le 22 septembre 1806 ; il prend part à la campagne de Hanovre et commande la place de Magdebourg en décembre 1806. Mais la vie sédentaire lui pèse et il le fait savoir.


Jean-Adam Schramm nommé général

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le 16 janvier 1807, l’empereur convoque Jean Adam Schramm et l’affecte au 10e Corps de la Grande Armée (maréchal Lefebvre). Il participe alors au siège de Dantzig et s'empare de la presqu’île de Nehrung le 20 mars, faisant 600 prisonniers. Le 30 mars, il est nommé commandant de la 1re brigade de la division Gardanne. Le 1er mai, l’empereur le fait commandant de la Légion d'honneur et le dote d’un grand domaine en Westphalie. Le 15 mai, il contient les Russes devant Weichselmünde, alors que ceux-ci tentent de porter secours aux assiégés de Dantzig : ils seront défaits le 15 mai en laissant  1 300 cadavres sur le champ de bataille. Dantzig capitule le 26 mai 1807.

Du 29 mai au 11 novembre, Jean Adam Schramm commande la 3e brigade de la 2e division (Verdier). Il est nommé chevalier de l'ordre du Mérite militaire de Wurtem­berg en juin 1807, chevalier de l'ordre de Saint-Henri de Saxe en juillet, et chevalier de la Couronne de Fer en décembre. La division Verdier est mise en réserve à Orléans le 12 janvier 1808. Mais, dès le 27 mars, Jean Adam Schramm rejoint l’armée d’Espagne.


Deux anecdotes

 

 

 

 

 




 

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM DANS LA GRANDE ARMÉE

 

Jean Paul Schramm, nommé lieutenant le 2 mars 1805 au 2e régiment d’infanterie légère, va faire les campagnes d’Autriche et Prusse sous les ordres de son père.

 Le 8 octobre, il s’empare d’un canon à Wertingen. Il se distingue à Ulm le 20 octobre. Le 5 novembre 1805, à Amstetten, à la tête d’une demi-compagnie de grenadiers, il perce les lignes russes et s’empare d’un canon dont le feu entrave la progression de la colonne française ; en outre, il fait de nombreux prisonniers. Le 16 novembre à Hollabrünn, il enlève à nouveau un canon et fait un Russe prisonnier.

Il se distingue encore à Austerlitz le 2 décembre 1805. Partout il fait montre d’une telle intrépidité que le général Oudinot le propose pour la Légion d’honneur ; il est nommé chevalier le 14 mars 1806 : il a seize ans !

Appelé comme aide de camp de son père le 22 mars 1806, il est présent au siège de Dantzig. Alors qu’il est chargé de porter l’ordre d’attaque de la bataille de la presqu’île de Nehrung, dans la nuit du 19 au 20 mars 1807, il est intercepté par deux cavaliers russes ; il tue l’un et blesse l’autre ; lui-même est blessé… mais il accomplit sa mission malgré tout.

Nommé capitaine par l’empereur le 19 avril 1807, il est admis le 4 juin dans les fusiliers chasseurs de la Garde impériale. Il est blessé d'un coup de feu au côté droit à Heilsberg le 10 juin. Il rejoint l’Armée d’Espagne en 1808, en même temps que son père.


Le siège de Dantzig

 

 

 

 

 




 

 

 

ÉTRANGE !

 

Parmi les nombreux documents trouvés dans les dossiers de Jean Paul Schramm, il en est un qui ne laisse pas de surprendre : l’intéressé aurait été franc-maçon ! Une recherche reste à faire, qui pourrait bien nous conduire à Arras puisque l’acte d’admission porte des signatures bien de chez nous : Bacqueville, Faucompré, Havel, Dambrinnes, Duquesnoy, Crochart… Si l’on se fie au calendrier des francs-maçons, cette admission se situerait en 1804. Jean Paul Schramm aurait alors, une fois de plus, triché sur son âge en se vieillissant de cinq ans.

 

 

LES SCHRAMM EN ESPAGNE

 

Passé à l'Armée d'Espagne le 27 mars 1808, Jean Adam Schramm commande, à partir du 10 mai, une brigade suisse de la division Rouyer. Le 7 juin, il sert à Alcolea. Mais les soldats suisses de son unité commencent à déserter pour ne pas avoir à combattre les Espagnols qu’ils ont naguère servis.

Le 19 juillet à Baylen, c’est avec des forces réduites à 1 500 hommes que Schramm engage la bataille auprès de son camarade le général Dupont ; son cheval est tué sous lui et il est lui-même blessé d'une balle au menton. Les soldats suisses de sa brigade se mutinent et rejoignent le général Reding dans l’armée d’Espagne. Les Espagnols offrent la capitulation à Dupont et à Schramm. Dupont l’accepte le 22 juillet 1808. Schramm la refuse. Du coup, il est fait prisonnier et embarqué vers la France sur le Saint-Georges le 5 septembre à Cadix ; il débarque à Toulon le 21 septembre.

Il est réaffecté à l'état-major de l'armée d'Espagne le 17 octobre. Puis, le 18 décembre, il prend le commandement de la 2e brigade de la 3e division (polonaise) alors à Valence. Le 21 décembre, il est nommé baron de l'Empire, avant de rejoindre l’Armée du Rhin. Ses armoiries portent d’or au chêne de sinople terrassé de même, accosté à senestre d’un lion grimpant de gueules, appuyé sur le tronc du chêne ; quartier des barons militaires.

Comme son père, Jean Paul sert en Espagne en 1808, mais dans les fusiliers chasseurs de la Garde impériale. Il se signale à Madrid le 1er décembre 1808 en repoussant une sortie vigoureuse de l’ennemi, acte de bravoure au cours duquel presque tous ses hommes sont blessés. Le lendemain, Madrid est prise, l’empereur a détruit ou dispersé l’armée espagnole et il a repoussé les Anglais vers La Corogne.

En raison des préparatifs de la guerre contre l’Autriche, la Garde impériale regagne la France avec l’empereur en février 1809. L’ascension de Jean Paul Schramm l’éloigne alors définitivement de son père.

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM EN ALLEMAGNE

 

Voici Jean Paul Schramm en Allemagne. À Essling, les 21 et 22 mai 1809, il chasse du village les célèbres grenadiers hongrois, dernière réserve de l’archiduc Charles, frère de l’empereur François d’Autriche. À Wagram, les 5 et 6 juillet, les fusiliers et les tirailleurs de la Garde soutiennent la colonne du général Macdonald envoyée par l’empereur sur le centre de l’armée ennemie ; c’est ce soutien qui provoquera la retraite des Autrichiens. Après la paix de Vienne (14 octobre 1809), la Garde rentre en France. Jean Paul Schramm est nommé capitaine de la 2e compagnie du 1er bataillon du régiment de fusiliers-chasseurs de la Garde au 1er janvier 1810.

La Garde repart en Espagne et sert en Vieille Castille. Jean Paul Schramm se distingue en août 1810, en mettant en fuite 2 000 ennemis avec seulement cent de ses hommes. Cela lui vaut d’être nommé le 18 septembre 1811 chef de bataillon au 2e régiment de voltigeurs de la Garde ; il va assurer la protection de la frontière portugaise, infligeant de sévères pertes à l’ennemi et s’emparant d’un butin important.

Début 1813, la Garde rentre en France pour prendre part à la campagne de Saxe. Jean Paul Schramm est alors nommé major commandant du 2e régiment de voltigeurs de la Jeune Garde le 14 avril. Lors de l’offensive de Lützen le 2 mai 1813, le village de Kaya constitue la position clé des Prussiens. À deux reprises, les Français ont tenté l’assaut ; en vain. L’empereur envoie alors sa Garde, aux ordres de Schramm. Au pas de charge et à la baïonnette, avec des recrues de trois mois dynamisées par leur chef, elle fait sauter le verrou et permet aux Français de battre les Prussiens commandés par Blücher.

Mais Jean Paul Schramm est blessé de deux coups de feu, l'un au bras gauche, l'autre à la poitrine. On craint pour sa vie. L’empereur écrit à Jean Adam que « son fils emportait au tombeau le grade de général ». La balle reçue à la poitrine ne sera d’ailleurs jamais extraite ; logée près de la colonne vertébrale, elle fera souffrir le soldat pendant soixante ans. Le 14 mai 1813, l’empereur fait Jean Paul officier de la Légion d’honneur et baron d’empire.

Ses blessures mal cicatrisées, un bras en écharpe, tenant à peine à cheval, Jean Paul Schramm reprend le combat à la tête de son régiment le 15 août 1813. Il marche sur Gorlitz et Löwenberg. Une fois la bataille de Silésie gagnée par l’empereur le 21 août, la Jeune Garde revient à marches forcées sur Dresde. Le 26 août, le 2e régiment de voltigeurs de Schramm forme l’avant-garde de la division Dumoustier. Sous le feu meurtrier de l’artillerie, il s’empare d’une des portes de la ville et permet à la division d’y pénétrer. Les jours suivants, il taille en pièces les Autrichiens qui retraitent dans le secteur de Pirna.

Après ce coup d’éclat, Jean Paul Schramm est nommé général de brigade le 26 septembre 1813. Il n’a pas encore vingt-quatre ans. C’est le plus jeune général issu du rang de toute l’époque napoléonienne. Affecté à la division Mouton-Duvernet, il assure la défense de Dresde assiégée par les Russes.

Pendant le blocus, Jean Paul Schramm prend part au mouvement de quatre divisions du 14e Corps d’Armée que le maréchal Gouvion-Saint-Cyr dirige de Dresde sur Racknitz pour tenter de sortir du piège. Au combat du 17 octobre 1813, il fait de nombreux prisonniers et est à deux doigts de capturer le comte de Tolstoï, général en chef de l’armée russe ; Tolstoï est repoussé sur Dohna et perd dix canons, vingt caissons et l’équipement d’un pont ; mais Tolstoï reçoit le renfort du corps du général Klenau et il oblige les 1er et 14e corps français à rentrer dans Dresde.

Après l’arrivée d’un nouveau renfort russe, Gouvion-Saint-Cyr charge Jean Paul Schramm de le reconnaître et d’aller à sa rencontre avec 1 500 fantassins et 300 cavaliers. Or, il y a là plus de 3 000 hommes, mais ils se sont imprudemment établis dans la vallée sans occuper les hauteurs. Schramm profite de cette faute et, après avoir réparti ses troupes en six colonnes, fond sur l’ennemi. Surpris, les Russes se rendent.

 Le 29 octobre 1813, lors d’une autre sortie de la ville de Dresde, Schramm mène un combat habile contre un adversaire bien supérieur en nombre. Mais il reçoit un coup de feu au pied droit, ce qui l’oblige au repos pendant six semaines.

Cependant, Gouvion-Saint-Cyr a accepté la capitulation et la garnison de Dresde a déposé les armes le 11 novembre 1813. Durant l’évacuation des Français, Jean Paul Schramm est fait prisonnier et emmené à Tyrnau le 14 février 1814, puis à Grann (Hongrie).

Rapatrié en France le 1er juil­let 1814, il est mis en non-activité après la première abdication de Napoléon. Criblé de dettes, il se marie à Angers avec Euphrasie Belin de La Renouardière, une riche propriétaire. Il est nommé cheva­lier de l’ordre de Saint-Louis par Louis XVIII le 30 août 1814. Le 10 décembre 1815 naît à Bazouges (Sarthe) Théophile Paul, son fils unique.

 Le 25 février 1815, il reprend du service comme commandant militaire du département de Maine-et-Loire ; il est confirmé dans ce poste pendant les Cent Jours mais il le quitte le 12 juin, pressentant le retour des Bourbons. Il est aussitôt rappelé, le 15 juin, pour assurer la défense de Paris. Après le second retour de Louis XVIII, il est remis en disponibilité le 1er août 1815. Il a vingt-six ans et le nouveau souverain n’a pas besoin de lui.

 

 

JEAN ADAM SCHRAMM – DERNIÈRES MISSIONS

 

Revenons au père. De retour d’Espagne, le général Schramm est ménagé : on l’affecte au corps d'observation de l'Armée du Rhin à partir du 6 mars 1809. Mais, dès le 30 mars, il prend le commandement de la 3e brigade de la division Claparède. Cité le 22 avril à Eckmühl, il est le lendemain à la prise de Ratisbonne : alors qu’il monte à l’assaut, il est blessé d'un coup de feu à la poitrine et d'un autre à la cuisse droite. Malade et exténué, il donne sa démission : refusée. On l’épargne en le nommant commandant du département du Bas-Rhin le 30 novembre 1809.

Le 22 juillet 1812, il est rappelé à la Grande Armée comme chef de la 2e brigade de la division Morand en Poméranie. À la fin de la campagne de Russie, à l’arrière-garde du maréchal Ney, il franchit la Bérézina dont les ponts sont coupés, sans être inquiété par les Russes. Affaibli, il rentre en France en avril 1813. On lui rend le commandement du Bas-Rhin le 28 juin. Il est fait commandeur de l'ordre de Maximilien-Joseph de Bavière (Max) le 5 juillet 1813, commandant supérieur du fort de Kehl le 1er janvier 1814, puis commandant de la garde nationale de Strasbourg le 13 janvier alors que l’ennemi assiège la ville.


Jean-Adam Schramm au fort de Kehl

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 31 mars 1814, les alliés sont à Paris. La garnison de Strasbourg reçoit l’ordre d’arborer le drapeau blanc fleurdelisé. Schramm refuse. Il est convoqué à Brumath par le comte Hochberg, commandant les forces alliées. Par rétorsion, ce dernier envoie Schramm à Landau pour obtenir la soumission de la garnison à Louis XVIII. Là, il est malmené par les officiers. Le 6 mai, le siège de Strasbourg est levé et la garde nationale dissoute. Jean Adam Schramm se retire chez lui à Beinheim. Louis XVIII le nomme chevalier de l’ordre de Saint-Louis le 8 juillet 1814, puis commandant militaire du département de la Haute-Marne le 2 janvier 1815, poste qu’il ne rejoint pas. C’est pourquoi le 10 mars, il est nommé lieutenant général honoraire et admis à la retraite comme maréchal de camp.

Mais Napoléon rentre à Paris le 20 mars 1815. Jean Adam Schramm retrouve le commandement du département du Bas-Rhin le 15 avril et celui de la garde nationale de Strasbourg le 31 mai. L’empereur le nomme lieutenant général titulaire (général de division) le 11 juin 1815, nomination qui sera annulée par Louis XVIII. Jean Adam Schramm est réadmis à la retraite comme maréchal de camp le 1er août 1815, puis définitivement retraité le 26 janvier 1816.


En passant par Beinheim

 

 

 

 

 




 

 

 

VIEILLESSE ET MORT DE JEAN ADAM SCHRAMM

 

C’est un homme malade qui revient à Beinheim. Pourtant, il est encore combatif. Il lutte pour obtenir la pension qui lui est due (il aura finalement 4 000 francs par an). Il régularise sa situation conjugale en épousant, le 13 mai 1818, Marie Élisabeth Pannot, née à Chératte (Belgique) le 15 mai 1780, avec qui il vit depuis 1807. Et puis, il devient maire de Beinheim en 1819. Il le restera jusqu’à sa mort le 12 mars 1826. Ses mandats seront marqués par la création d’un corps de sapeurs-pompiers et la vente des terres communales ; un projet d’agrandissement de l’église et de l’école échouera du fait de l’opposition d’un conseil municipal qui a donné du fil à retordre à l’ancien général.

Avec trente-huit années de service, vingt campagnes et sept blessures, c’est un soldat valeureux qui s’éteint. Son nom est inscrit au côté nord de l’Arc de Triomphe de l’Étoile. Il est enterré dans le cimetière de Beinheim. Il laisse à son fils unique Jean Paul une belle-mère détestée et une fortune constituée d’un domaine de 58 hectares près de Beinheim (offert par Napoléon sur les biens nationaux), du château de Beinheim avec un parc de 65 hectares, et d’un pré.

 Là se situe une nouvelle énigme. Lorsque Mme Schramm cherche à toucher la pension de réversion de son mari, on la lui refuse au prétexte que son mariage est postérieur à la retraite du général. Elle tente alors de faire reconnaître une vie commune qui dure depuis un mariage privé célébré par un aumônier militaire à Halberstadt (Saxe) le 15 mai 1807. Mais elle ne peut en produire la preuve, les papiers du général ayant été perdus après la bataille de Baylen (Espagne) en juillet 1808. Pourtant, quelques mois plus tard, l’acte est retrouvé ; hélas, comme il n'a jamais été enregistré, il n'a aucune valeur.

Mme Schramm peut quand même obtenir une pension de 500 francs par an. Mais elle doit s’installer dans une maison modeste située près du château de Beinheim, Jean Paul n’ayant pas hésité à l’expulser pour vendre tout ce que son père lui a légué à un marchand de biens. La baronne de Schramm mourra à Beinheim en 1848.

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM : LA RETRAITE À 26 ANS ?

 

Mis en non-activité le 1er août 1815, Jean Paul Schramm reste éloigné du service de l’État pendant treize ans. Il en profite pour étudier les questions de tactique, d’organisation des armées et d’administration. Il réside alors à Paris, 26 rue Neuve-d’Orléans, puis 24 rue du Bac, avec sa femme et son fils. Le 30 août 1827, Charles X le fait vicomte. Ses armoiries portent d’or au chêne de sinople terrassé du même, accosté à senestre d’un lion grimpant de gueules appuyé sur le tronc du chêne, et à dextre en chef d’une épée de sable, l’écu timbré d’une couronne de vicomte.

 Jean Paul Schramm reprend du service : le 1er juillet 1828, il est commandant de la 1re brigade de la 1re division d'infanterie au camp de Saint-Omer. C’est le début d’une série d’emplois ponctuels parmi lesquels on citera ses missions d’inspecteur général d’infanterie dans les 12e et 13e divisions militaires pour l’année 1830, de commandant de la 1re subdivision (Bas-Rhin) de la 5e division militaire le 6 août 1830, et de commandant de la 1re brigade de la division d'infanterie réunie à Givet le 23 septembre 1831 pour l’expédition de Belgique.

Et puis, le voici, le 31 décembre 1831, commandant de la 1re brigade d'infanterie de la garnison de Paris, chargé du rétablissement de l’ordre lors de l’insurrection des 5 et 6 juin 1832. Nommé inspecteur général d'infanterie dans la 1re division militaire le 5 juillet 1832, il est promu lieutenant général le 30 septembre 1832 ; il prend le commandement de la division de réserve (voltigeurs et grenadiers réunis) de l'Armée du Nord le 5 novembre et participe à ce titre au siège de la citadelle d'Anvers en novembre et décembre 1832.

Nommé commandeur de l'ordre de Léopold de Belgique le 10 mars 1833, le voici inspecteur général d'infanterie dans la 1re division militaire le 19 juin 1833. Il est envoyé à Lyon en avril 1834 à la tête des troupes chargées de combattre l'insurrection ; sous les ordres du général commandant la 7e division militaire, il fait preuve de fermeté : les insurgés sont écrasés le 13 avril et il y a 642 morts. Disponible le 28 avril 1834, il est à nouveau désigné comme inspecteur général de l'infanterie dans la 1re division militaire. On l’envoie aussi apaiser des troubles à Chartres, puis à Paris.

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM EN POLITIQUE

 

 

Membre du comité d'infanterie et de cavalerie le 29 octobre 1834, il est nommé, le 4 décembre 1834, directeur du personnel et des opérations militaires du maréchal Mortier, ministre de la Guerre. Il reçoit, le 2 janvier 1836, la grand-croix de l’ordre d'Isabelle la Catholique.

Il décide alors d’entrer en politique et, le 23 janvier, il est élu député du 6e collège du Bas-Rhin (Wissembourg). Mais il reste proche de l’armée : le 21 mai 1836, il est nommé membre du comité de l'infanterie et de la cavalerie. Puis, du 21 septembre 1836 au 12 février 1837, il est à nouveau directeur général du personnel et des affaires militaires du ministre de la Guerre (général Simon Bernard). Il est réélu député de Wissembourg le 22 octobre 1836.

Grand commandeur de l'ordre suprême du Sauveur de Grèce le 10 octobre 1836, il est nommé inspecteur général pour 1837 du 4e arrondissement d'infanterie le 30 mai 1837. Le 26 juillet, il reçoit le commandement de la 2e division d'infanterie du camp de Compiègne, ce qui interrompt son mandat de député. Il est réélu le 4 novembre 1837. Il est membre de la commission spéciale d'état-major le 2 avril 1838 et, le 30 mai, inspecteur général du 6e arrondissement d'infanterie pour l’année 1838. 

 Les missions pleuvent sur Jean Paul Schramm ; le voici, le 6 octobre 1838, commandant supérieur de la division rassemblée sur la frontière suisse et commandant des 5e et 6e divisions militaires. Le 22 janvier 1839, il est commandant de la 3e division d'infanterie du corps de rassemblement sur la frontière du Nord.

Conseiller d’État depuis 1830, il est, suprême honneur, nommé à vie pair de France par Louis-Philippe le 7 mars 1839, après avoir abandonné son poste de député le 2 février de la même année. Cependant, ses missions militaires se poursuivent : membre du comité de l'infanterie et de la cavalerie le 25 mai 1839, il est aussi, le 17 juin, inspecteur général du 2e arrondissement d'infanterie.

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM EN ALGÉRIE

 

Le 20 décembre 1839, il est nommé, à sa grande surprise, commandant de la 3e division d’Algérie, en résidence à Alger. À ce titre, il assure, à plusieurs reprises le commandement supérieur de la province d'Alger pendant les absences, pour opérations, du corps expéditionnaire. Il est en outre nommé chef d'état-major général de l'Armée d'Algérie le 1er avril 1840.

Et le voici à nouveau au combat. Il participe, contre Abd el Kader, à l’expédition de la Milianah où, le 14 juin 1840, il est blessé d'un coup de feu lors de l'attaque du col de Mouzaïa. Le 17 août 1840, il est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. Le 25 octobre, il est à nouveau commandant supérieur de la province d'Alger. En France, il est reconduit dans son poste de membre du comité de l'infanterie le 29 décembre. Enfin, le 19 janvier 1841, au départ du maréchal Valée, il se retrouve, par intérim, général en chef de l'Armée d'Algérie et gouverneur général de l’Algérie ; il cède ses fonctions au général Bugeaud à son arrivée le 22 février 1841.

Jean Paul Schramm rentre en France le 9 mars 1841, emportant les regrets de l’armée, des fonctionnaires et des colons. Il est alors nommé, le 10 juin, inspecteur général du 3e arrondissement d'infanterie. Le 29 août 1841, il est fait comte à titre héréditaire par le roi Louis-Philippe, fait rarissime puisque ce dernier ne conféra, durant son règne (1830-1848), que quatre-vingt-cinq titres de noblesse, presque tous à titre personnel.

De 1842 à 1850, Jean Paul Schramm va occuper diverses fonctions d’expert : inspecteur général d'infanterie, président de la commission des compagnies de discipline, président du comité d'infanterie, président inspecteur général du 2e arrondissement d'infanterie, membre de la commission de défense nationale, président de la commission de réorganisation du corps des officiers de santé militaires, inspecteur de l'École d'état-major… Le 14 juillet 1849, pour le cinquantième anniversaire de la Révolution, il est nommé grand-croix de la Couronne de chêne des Pays-Bas.

 Enfin, il est mis en disponibilité une première fois le 30 avril 1850.

 

 

JEAN PAUL SCHRAMM, MINISTRE ÉPHÉMÈRE

 

La Révolution de 1848 a chassé les Bourbons-Orléans du pouvoir. La peur du désordre fait choisir Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l’empereur, comme président de la République lors de l’élection du 10 décembre. Pendant trois ans, le prince président, tout en discréditant les parlementaires (cf. la loi Faloux de 1850), soigne sa popularité. C’est ainsi qu’il imagine d’appeler au gouvernement des hommes qui ont servi Napoléon Ier. Lors du remaniement ministériel du 22 octobre 1850, il fait appel à Jean Paul Schramm au portefeuille de la Guerre, à la place d'Hautpoul.

Mais Jean Paul Schramm n’est pas un homme facile et il s’aperçoit vite que Louis-Napoléon cherche à le manœuvrer. Il va donc profiter d’un prétexte pour démissionner le 9 janvier 1851. C’est l’affaire Changarnier.

Nicolas Changarnier est de quatre ans le cadet de Jean Paul Schramm. Issu de Saint-Cyr, il s’est distingué dans la campagne espagnole de 1823. Puis, il a été nommé en Algérie. Et c’est ainsi que, en juin 1840, il a combattu sous les ordres de Schramm à la Milianah. Cela crée des liens.

Comme Schramm, Changarnier fut gouverneur général de l’Algérie par intérim en 1847. Puis, élu député de la Seine le 4 juin 1848, il est rentré en France. Paré de son prestige, il est chargé par des royalistes légitimistes de les représenter à l’élection présidentielle du 10 décembre 1848… contre Louis-Napoléon Bonaparte. Il est sévèrement battu et n’arrive que loin derrière Lamartine. Dans un premier temps, il soutient le nouveau président de la République qui va même jusqu’à le charger de réprimer les troubles de 1849 en lui confiant le commandement supérieur de la Garde nationale et des troupes de Paris.

Mais, en janvier 1851, Changarnier s’engage dans une opposition hostile à Bonaparte. Il est alors privé de ses commandements. Et c’est Schramm, ministre de la Guerre, qui est chargé de signer sa destitution. Par esprit de corps, par amitié, il refuse. Il n’a pas d’autre solution que de démissionner. Il n’aura été ministre que pendant soixante-dix-neuf jours. Mais son honneur est sauf.

 

 

 UNE CARRIÈRE INTERMINABLE

 

Sauf à se couper des bonapartistes, Louis-Napoléon ne peut pas sanctionner Jean Paul Schramm, lequel reprend donc ses missions d’expert militaire dans l’infanterie. Après avoir refusé de cautionner le coup d’État du 2 décembre 1851, il revient en politique et est nommé sénateur le 26 janvier 1852 ; il est placé, de ce fait, en activité militaire hors cadre le 24 février, tout en continuant de présider le comité d'infanterie.

Les missions et les honneurs s’accumulent : inspecteur général d'infanterie de 1852 à 1861, il est décoré de la Médaille militaire le 13 juin 1852. Membre de la commission mixte des travaux publics, il est aussi inspecteur général de l'École spéciale militaire et du Prytanée de La Flèche. Il prend même le commandement du 1er Corps d'armée du camp du Nord du 8 juillet au 1er novembre 1854 et est maintenu dans la 1re section du cadre de l'état-major général. Le 13 avril 1855, il est grand-croix de l'ordre du Dannebrog. Du 5 juin au 20 septembre 1859, il est commandant supérieur du camp de Châlons ; puis, en 1859, inspecteur général de l'École impériale spéciale militaire…

 Cependant, son épouse, Euphrasie Belin de La Renouardière, est morte à Bazouges le 26 novembre 1856 auprès de son fils Théophile. Jean Paul Schramm se remarie le 4 novembre 1869 avec Élisabeth Mousseler, née en 1801, veuve originaire de Forbach.

Enfin, il est mis en disponibilité le 1er janvier 1864. Il a soixante-quatorze ans et plus de soixante-trois ans de services. Et il a encore vingt ans à vivre ! Il reste sénateur jusqu’à la défaite de Sedan le 4 septembre 1870 et on le voit se livrer avec zèle à l’examen des projets de loi présentés par le gouvernement. À La Courneuve, où il a une villa au 12 rue de Gonesse, il préside plusieurs associations et fait le bien autour de lui. Lors de la guerre de 1870, il désire reprendre du service, mais on ne le lui permet pas : il a plus de quatre-vingts ans !

 

En 1873, le maréchal Bazaine est accusé d’avoir capitulé à la fin de la guerre. Un conseil de guerre est constitué pour le juger. Jean Paul Schramm aurait souhaité en faire partie, voire le présider. Mais le maréchal Mac-Mahon, président de la République, s’y est opposé.  À force de durer, on finit par gêner.

 

 

LA FIN DE JEAN PAUL SCHRAMM

 

Jean Paul Schramm meurt le 25 février 1884 à son domicile parisien, 24 rue du Bac, d’une fluxion de poitrine. Il a quatre-vingt-quatorze ans. Il est le dernier général du Premier Empire. Il est le plus ancien des généraux de toutes les armées du monde.

 Ses obsèques sont célébrées à La Courneuve. Le deuil est conduit par son fils unique Théophile, vicomte de Schramm, maire des Rairies et conseiller général du Maine-et-Loire, et par le docteur Rigal, son neveu. Les honneurs militaires lui sont rendus par les 113e et 117e régiments de ligne, un escadron du 7e régiment de cuirassiers et une batterie du 13e régiment d’artillerie, sous les ordres du général Étienne. L’inhumation a lieu dans le caveau de la famille du cimetière de La Courneuve.

Au fait : depuis quand la caserne d’Arras porte-t-elle le nom de Schramm ? Et lequel des deux généraux lui a donné ce nom ? Dans une circulaire du 25 mars 1886, le général Boulanger, ministre de la Guerre, recommandait que les casernes soient baptisées du nom de militaires célèbres de chaque ville. À Arras, le nom de Turenne fut ainsi donné à la citadelle, celui de Lévis à la caserne Héronval (lycée Carnot), celui de Montesquiou à la caserne Baudimont, et celui de Schramm à la caserne de l’actuel cours de Verdun.

De quel Schramm s’agit-il ? Du père ? Du fils ? Des deux ? Qu’importe ! Tous les deux ont servi vaillamment la France, tous les deux ont leur nom sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile, et tous les deux avaient acquis une notoriété européenne, comme en attestent leurs multiples décorations étrangères.

Ah ! quand même ! Une question en conclusion, à vous amis lecteurs. Savez-vous ce qui signifie Schramm en allemand ?

Égratignure, éraflure… Tout un symbole !

 

 

© Raymond Besson et Arlette Fleurquin -2010


La caserne Schramm à Arras

 

 

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Beinheim, village rhénan d’hier et d’aujourd’hui (Mairie de Beinheim)

Biographie de Jean Paul Adam Schramm (Encyclopédie Wikipedia)

Biographie des contemporains par Arnoult

Bulletin de l’A.A.C.M.N. sur Schramm père (2001)

Célébrités militaires : Schramm père et fils par Mullié

Le Clocher n° 38 du 6 mars 1884

Dictionnaire du Second Empire, sous la direction de Jean Tulard (Fayard, 1995)

Dictionnaire des généraux de la Révolution et de l’Empire, G. Six (Édit. Georges Saffroy – 1934)

Dictionnaire des parlementaires français 1789 – 1889

Discours du maire de Beinheim du 20 mars 1976

Dossier des Archives départementales du Pas-de-Calais, cotes 4J 471/137, BHB 1097/10 et BHB 1441/17

Dossier des Archives militaires de Vincennes GD 842

Étude de l’acte de baptême de Jean Paul Schramm par Frédéric Turner

Fonds du colonel Huyon 1 K 555 et 7 Yd 842

Les généraux Schramm par le colonel André Mervaux – 1990

Le général Schramm par Victor Advielle (Revue de la Septentrionale – 1900)

Les gloires militaires de l’Alsace par Joseph Wirith

Les grands nobles du Ier empire n° 3 (C.N.R.S.)

Le Guide Napoléon (Tallandier – 2008)

Lettres patentes des généraux Jean Adam et Jean Paul Schramm

Notes historiques sur le 3e régiment du Génie et ses casernes à Arras par le commandant Rogez

Notice biographique de Jean Paul Adam Schramm par le colonel Brahaut

La présence militaire à Arras (http://www.7rch.org)

Le régiment suisse De Diesbach au service de la France par le colonel André Mervaux

Les 660 noms de l’Arc de Triomphe de Paris (http://pagesperso-orange.fr/arnauld.divry)

La tombe de Jean Paul Adam Schramm (fr.topic-topos.com)

La vie en Alsace,  articles d’août et septembre 1935 par Félix Schneider

 

Sites internet :

www.voltigeurs3rgt.ch ; www.1789-1815.com

www.diesbach.com