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Les dictées... Toulouse, samedi 25 novembre 2006 Nostalgie toulousaine |
Sous un ciel bleu de cocagne, campée sur le pas de la porte d’une toulousaine quelque peu délabrée, Léontine, deux paniers de violettes au bras, porte bien ses quatre-vingt-sept printemps ; elle attend patiemment le client matinal qui voudra, le premier, souhaiter la Saint-Valentin à sa bien-aimée.
De l’autre côté de la route, Prosper attelle la charrette à sa vieille camionnette. Il lance : « Bonjour Léontine ! Ça va le commerce ?
- Bien mal, mon pauvre Prosper, la violette ne fait plus recette. Avec la dégénérescence de la fleur, l’appauvrissement du sol et la folie des bâtisseurs, il ne me restera bientôt plus qu’à regarder mes groseilliers pousser.
- Tout va à vau-l’eau, ma brave Léontine. Les toulousaines des maraîchers ont été rasées pour construire toujours plus grand et plus haut. Nos briqueteries ont fermé leurs portes les unes après les autres. Mon grand-père, qui travaillait dans celle des frères Virebent, racontait que l’un d’eux, très combatif, avait assuré la fortune de la famille en découvrant un procédé bien moins cher que la pierre pour reproduire l’entrelacs des sculptures et les balustres boursouflés. Mais les héritiers, n’étant pas intéressés par la construction, se sont essayés à la décoration sans succès et se sont laissé dépasser par le progrès.
- Ah ! si le Papé était encore de ce monde, il ne reconnaîtrait plus son village, phagocyté par la fée Urbanisme ! Le lisier a disparu des fossés et le perdigal du Touch. Les garrabots ne charrient plus le sable ni les galets de la Garonne. Des bateaux-lavoirs, il ne reste plus que la péniche restaurant. Et la halle aux grains ne connaît plus que le son des orchestres. »
C’est alors que Hugo, grand échalas de vingt et un ans, arrière-petit-fils de Léontine, qui voit l’avenir sous de meilleurs auspices, arrive comme un bolide au volant de son rutilant cabriolet. Sautant au cou de son aïeule, il s’écrie ingénument : « Mamé, c’est formidable ! Je viens de signer mon contrat à durée indéterminée avec Airbus. J’ai trouvé un appartement confortable à Blagnac. Pour fêter ces bonnes nouvelles, j’achète tes deux paniers de violettes pour ma belle Amélie, et je vous emmène en voyage toutes les deux par le prochain vol pour les Maldives. »
Laurence Dallot