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Les dictées... Toulouse, 24 novembre 2007 La mort du lion |
Viens, pitchoun, que je te raconte… C’était l’été 1216. Après avoir traversé monts et garrigues sous un soleil de plomb, l’armée catholique de Simon de Montfort – dit le Lion – entra dans Toulouse. Chevaux, chariots et charrettes passèrent Montgiscard dans un bruit d’enfer, portant haut les oriflammes bariolées des croisés. D’aucuns auraient pu s’attendre à une réception belliqueuse de la part des hommes de Raymond VI, déchu de son comté de Toulouse l’année d’avant. Pourtant, bien que Montfort portât le heaume lacé sur son haubert au lieu du pourpoint paré d’orfroi auquel on eût pu s’attendre, l’accueil fut débonnaire et courtois. Flairant le guet-apens, Simon prit les devants et cria aux bourgeois qui lui demandaient de se présenter sans armes : « Je n’ôterai pas mon heaume jusqu’à ce que j’aie des otages en signe d’allégeance.»
Cette harangue mit le feu aux poudres et un cri unanime sortit de la foule des faidits : « Aux armes ! Aux armes !» Quelque ama¬teurs qu’ils fussent, les cinq cent vingt et un cathares ne se laissèrent pas intimider par la force des Français ; qui avec l’épée, qui avec l’épieu, l’arbalète ou la doloire, ils contraignirent les hommes de Simon à se replier dans la cathédrale Saint-Étienne. Mais la vic¬toire des parfaits fut de courte durée et Montfort finit par soumettre totalement Toulouse. Enfin, il le crut…
Le courroux du Lion fut à son paroxysme lorsque, parti guerroyer dans le Valentinois, il apprit que Raymond VI était de retour à Toulouse. Pendant près de deux années, Montfort redoubla d’efforts pour reprendre la Ville Rose et en finir avec ces hérétiques ! Mais c’était compter sans la vaillance des chevaleries d’alentour combattant derrière les gonfanons ornés de la croix ancrée et de la croix cléchée.
Juin 1218 : le jeune Raymond VII, vainqueur de Beaucaire, arrive au renfort de la ville assiégée. Le 25, dans une poussière phénoménale, cris, sonneries des cors et heurts de l’acier se mêlent aux sifflements des boulets et aux battements sourds des trébuchets apportés par les Toulousaines. Les combats n’ont de cesse dans le faubourg Saint-Cyprien. Soudain, Guy de Montfort est touché par une flèche. Simon vole au secours de son frère. C’est alors qu’une pierre atteint la pointe de son heaume, figeant ses traits pour l’éter¬nité. Du haut du rempart, une voix rauque annonce la nouvelle : « Dieu a exaucé mes voeux ! Le Lion est mort !»
Tu sais, pitchoun, la voix, c’était celle de Léonie, ton ancêtre. Regarde, petit, elle est là, dans notre arbre généalogique.
Laurence Dallot