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Les dictées... Toulouse, samedi 26 novembre 2005 Il était un foie ... |
Lorsque je décidai d’ouvrir ma petite auberge sur les bords de Garonne, avec, sur la façade, en lettres gothiques garance, Chez Sophie, qui m’aurait dit que M. le maire allait honorer mon hostellerie tous les mercredis, uniquement pour savourer la spécialité de mon maître queux, le ragoût de foie gras de Gimont ?
La difficulté résidait dans le choix des foies, qui ne souffrait aucun à-peu-près. Dès potron-minet, il me fallait courir au marché au gras, place du Parlement… Or, ce matin-là, l’absence de mon volailler attitré me contraria. Quoi qu’il en fût, je devais me ravitailler. J’avisai un petit étal ne payant pas de mine. Mal m’en prit car, à quelques pas de là, une échauffourée se déclara. En guise de mégères se crêpant le chignon, j’eus affaire à deux rastaquouères éméchés qui, après s’être gaussés à propos, je cite, « des sot-l’y-laisse aux effluves pestilentiels et des canards aux foies rabougris victimes de l’épizootie aviaire », s’injuriaient maintenant à qui mieux mieux. D’aucuns auraient pu penser que l’algarade allait s’envenimer. Pourtant, quoiqu’on eût pu supputer le dénouement, après s’être parlé dans un jargon inconnu des autochtones, les deux boit-sans-soif, trouble-fête notoires, se rabibochèrent soudain et s’évanouirent alentour, laissant la gent toulousaine pantoise.
Mon cabas lourd de confits et de foies bien gras pour quelque deux cent quatre-vingt-cinq euros, je pris le chemin du retour, espérant qu’au marché Victor-Hugo, mon cuisinier aurait exaucé ses vœux de trouver la meilleure saucisse de Toulouse, le saucisson de foie d’oie de Varilhes, les haricots les plus goûteux (ceux de Tarbes, bien sûr, à cuisiner avec l’ail – ô combien ! réputé – de Lautrec) et son bethmale favori.
À treize heures sonnantes, M. le maire s’assit à la table que je lui avais réservée comme chaque semaine. Mais, contre toute attente, il déclara tout de go : « Après les agapes bien arrosées d’hier soir, je dois m’imposer un jeûne de vingt-quatre heures au lieu de faire à nouveau bonne chère. Ma foi, ma chère Sophie, par sagesse, je renonce aujourd’hui à ma daube de foie, et, au lieu de m’empiffrer, je me contenterai d’un farci du Lauragais avec, en dessert, votre succulent pastis gascon, le tout arrosé d’un petit gaillac dont seul votre sommelier a le secret. »
Laurence Dallot