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Les dictées... Saint Denis, samedi 12 mars 2005 La complainte du publiciste |
On me dénigre, on me blâme, on me couvre d'opprobre, on me voue aux gémonies. On dit de moi que j'abêtis les foules de sept à soixante-dix-sept ans. On me taxe de misogynie, d'infantilisme, d'anormalité, d'immoralité. On me reproche d'allécher le chaland avec des slogans ringards, des arguties, des coquecigrues, des calembredaines, des contrevérités éhontées, des allégations mensongères. Parfois même on m'inflige des avanies, on m'agonit d'injures, on m'affuble de sobriquets détestables, on m'accuse d'être le nervi, l'homme lige d'une entreprise de décérébration.
Quel ostracisme ! Quelle acrimonie à mon encontre ! Pourquoi tant de haine pour des peccadilles ? Quoi ? Il est malvenu de vanter les formes et performances d'un quatre-quatre nippon en lui associant une myriade de vénus callipyges ou une kyrielle de beautés lascives ? Quoi ? Il est incongru qu'un acteur de renom, célèbre mais bouffi, nous invite à nous repaître d'un yaourt qui annihilerait sur-le-champ notre excès de cholestérol ? Quoi ? Notre invite faite à la ménagère d'utiliser une lessive perspicace, dotée d'enzymes clairvoyants qui sauront dissoudre les taches avec discernement, serait du blablabla ?
En mon for intérieur, au tréfonds de moi-même, je déplore que tous ces griefs fassent peu de cas de ma déontologie. Et de mon talent ! Oui ! N'en faut-il pas de l'imagination pour faire jaillir du coaltar du quotidien un scintillement créatif ? pour extraire de la glaise informe du néant l'idée qui multipliera la vente du papier toilette molletonné, des croquettes pour bouledogues, des décoctions qui amincissent, des désodorants aphrodisiaques comme des philtres ?
J'évoquais mon talent. Prenons garde d'omettre mon génie. Et, pour conclure, soulignons que je ne serais rien sans mon inoxydable modestie.
Henri Girard