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Rouen, dimanche 23 septembre 2001

Le marathon

Les quatre-vingts concurrents sont debout, côte à côte ; ils attendent la détonation qui leur signifiera l’instant où ils pourront fouler l’asphalte échauffé, pour plus de deux heures d’un parcours harassant. Bien sûr, cette discipline est réservée aux athlètes suffisamment entraînés.

C’est parti ! Les coureurs se sont élancés à travers les artères des faubourgs, longeant des bâtiments d’usine grisâtres, des cités-jardins colorées, des entrepôts anonymes, des docks et des quais austères.

Chacun, dans son for intérieur, tout en s’astreignant à un rythme soutenu, craint l’éventuelle défaillance.

Cependant, des néophytes présomptueux, tout ébouriffés, des gouttes de sueur perlant sur leur front, entament le douzième kilomètre parmi les premiers, sous le regard narquois des vétérans ménageant intelligemment leurs forces ; ceux-là seront bientôt lâchés. Déjà un malheureux adolescent, souffrant le martyre, est victime d’une crampe aiguë qu’il a appréhendée, puis senti venir ; il est contraint de s’asseoir sur le talus pour reprendre son souffle et se rasséréner.

Une fois la première sélection établie débute une seconde compétition, celle des meilleurs, des champions, des vedettes, réunis en tête.

Après deux heures et quart de course, un groupe de sept coureurs approche de l’arrivée. L’un d’eux, ayant la sympathie de l’assistance, est acclamé par ses amis et se détache, le thorax orgueilleux. Il s’apprête à accomplir un tour de piste en solitaire, mais il a trop présumé de ses forces : en entrant sur la cendrée du stade, il doit ralentir l’allure et il se fait doubler par un inconnu qui, le maillot entrouvert, galope vers la victoire comme à la fin d’un huit cents mètres.

Claude Koch

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