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Les dictées, les commentaires...
Paris, jeudi 27 avril 2006 |
Voici quelles étaient les vingt-deux fautes.
1re ligne – Il fallait écrire suspectée puisque cet adjectif se rapporte à cette guide, nom féminin.
3e ligne – L’idée de crainte ici exprimée impose l’emploi du subjonctif, et il fallait écrire : «… qu’elle nous fût affectée », plus-que-parfait du subjonctif.
3e ligne – C’est sa tâche qu’il fallait écrire ; en effet, les deux mots homophones (qui se prononcent de la même façon) tache et tâche ont des sens différents ; tache, issu du francique (langue des anciens Francs) tékan = signe, désigne, entre autres choses, une marque qui salit ; tâche, issu du latin taxa = prestation rurale, désigne un travail à faire dans un temps déterminé et dans certaines conditions.
4e ligne – Dans l’expression eu égard à…, qui signifie « compte tenu de, en considération de…», le nom masculin égard reste au singulier ; c’est donc eu égard à… qu’il fallait écrire.
6e ligne – Un blanc-seing est, au sens propre, une signature apposée au bas d’un papier blanc, que l’on confie à quelqu’un pour qu’il le remplisse comme il l’entend ; ce seing-là vient du latin signum = marque, dont est aussi issu le mot signature.
8e ligne – Le participe passé du verbe présenter, ici conjugué avec l’auxiliaire être, s’accorde avec le sujet (les participants) ; il fallait donc écrire : s’étant présentés.
8e ligne – La préposition dès s’écrit avec un accent grave ; elle est issu de la contraction du préfixe de et de ex = hors de.
10e ligne - « Une ruelle plus courte que prévue » ; dans les constructions du genre, prévu, ne se rapporte pas à la ruelle mais à un pronom démonstratif indéfini sous-entendu, par exemple cela ; on devait donc écrire : «… plus courte que cela est prévu », où prévu est invariable.
10e ligne – Il existe deux verbes homophones buter et butter ; le premier signifie « heurter », le second « faire une butte » (de terre par exemple) ; ici, il ne fallait qu’un seul t.
12e ligne – Le e de jusque s’élide toujours devant une voyelle ; il fallait : jusqu’alors.
12e ligne – L’encorbellement est une construction établie en porte à faux sur le nu d’un mur, et supportée par des consoles ou des corbeaux ; jadis, corbeau se disait corbel ; encorbellement s’écrit avec deux l.
13e ligne – Le meneau (e, a, u) – mot issu de l’ancien français meien = qui est au milieu – est, ici, le montant intérieur ou traverse qui sert à diviser une baie en compartiments ; il fallait donc écrire : meneaux.
14e ligne – L’entrelacs (avec un s même au singulier) est, en architecture, un ensemble d’éléments courbes s’entrecroisant ; ce nom est masculin, et c’est donc surmontés qu’il fallait écrire.
14e ligne – Bien qu’issu de l’italien grottesca = (peinture) de grotte, grotesque – qui signifie ici « qui fait rire par son extravagance » -, ne prend qu’un seul t.
15e ligne – Le verbe vouloir est ici au passé simple ; il n’a donc pas besoin de l’accent circonflexe, qui est la marque de l’imparfait du subjonctif.
16e ligne – Puits a gardé, même au singulier, le s venant du latin puteus.
16e ligne – Issu de l’italien pittoresco (de pittore = peintre) le mot pittoresque, qui se dit d’un paysage, d’un objet, etc., qui, par sa disposition, son aspect, est éminemment propre à fournir un sujet de tableau, a gardé les deux t de son origine (contrairement à grotesque).
16e ligne – Tous les mots dérivés de fer doublent le r devant une voyelle ; c’est donc ferronnerie qu’il fallait écrire.
17e ligne – Issu du latin capsa = boîte, le mot châsse s’est enrichi d’un accent circonflexe sur le a, vestige du p disparu du mot d’origine ; bien sûr, il en est de même de ses dérivés, comme châssis, enchâsser…
18e ligne – Lorsque le mot désignant la couleur est un nom commun pris adjectivement, et qu’on peut sous-entendre "couleur", il reste invariable ; ici, on peut dire : « aux tons du pastel », et pastel reste invariable.
19e ligne – À plusieurs reprises au cours de la messe – et en particulier avant la Litanie des saints -, on répète l’invocation « Kyrie eleison », expression formée sur le grec Kurie = Seigneur, et eleêson = aie pitié ; c’est à partir de cette expression – sachant que l’upsilon grec est toujours transformé en y en latin et en français – qu’a été formé le mot kyrielle ; il fallait donc inverser le y et le i.
23e ligne – Le verbe seoir – qui signifie « convenir » - est un verbe défectif, c’est-à-dire un verbe dont certaines conjugaisons ont disparu ; hormis le participe présent (seyant), on ne l’utilise plus aujourd’hui qu’aux troisièmes personnes (singulier et pluriel) du présent – indicatif et subjonctif – (il sied, ils siéent) et de l’indicatif imparfait (il seyait, ils seyaient), et futur simple (il siéra, ils siéront) ; ici, il fallait donc écrire : qui lui seyait.
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Et voilà !…
Pour ceux qui voudraient avoir la version corrigée, la voici.
Promenade guidée
Au risque d’être suspectée de susciter la sympathie des nostalgiques du passé, cette guide louait immodérément l’architecture ancienne. Nous le savions et n’avions cependant pas craint qu’elle nous fût affectée. Sa tâche, qui consistait à nous présenter les beautés insoupçonnées de l’agglomération, n’allait pas être aisée, eu égard à nos propres fonctions au Service des monuments historiques.
Forte du blanc-seing qui lui avait été donné, elle avait élaboré, sous le sceau du secret, un parcours sciemment sinueux et savamment développé. Tous les participants s’étant présentés à l’heure au rendez-vous, le groupe put démarrer dès potron-minet sous la houlette de son cicérone.
À l’extrémité d’une ruelle plus courte que prévu, nous butâmes sur une impasse dont le fond se révéla être un trompe-l’œil. Au retour, notre guide nous montra un édifice qui avait jusqu’alors été caché par une tourelle en encorbellement. Il s’agissait d’une somptueuse bâtisse avec des fenêtres à meneaux, dont le portail était orné d’arcades accolées sculptées dans la masse, avec des entrelacs surmontés de figurines grotesques. Le hasard voulut qu’une ouverture momentanée de la grand-porte nous permît d’apercevoir dans la cour un puits pittoresque surmonté d’une ferronnerie ouvragée.
Nous pûmes ensuite pénétrer dans une chapelle privée qui paraissait enchâssée de bas-reliefs en saillie et de vitraux aux tons pastel : un authentique chef-d’œuvre de grâce. Cette chapelle jouxtait un jardin qui, malgré son carré d’allées et sa kyrielle de couleurs et de parfums, avait l’apparence d’un cloître…
Tout fut à l’avenant au cours de ce périple. Notre guide s’était surpassée et
nous l’applaudîmes lorsque, devant l’auberge où nous allions nous rassasier,
elle nous quitta avec une modestie qui lui seyait à merveille.