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Saint Denis, samedi 2 avril 2005

Aux hommes de bonne volonté


Quoique doués d'une conscience inouïe, éminente et transcendante – laquelle eût dû les conduire à la concorde –, les hommes, quelque sages qu'ils fussent, d'où qu'ils vinssent, n'ont cessé, çà et là, de se faire la guerre. Faut-il que cette conscience eût été oblitérée – mais par quoi, grands dieux ? – pour que l'homme s'obstinât dans des desseins aussi affligeants, dans des arrière-pensées aussi funestes ! Faut-il qu'il fût obnubilé par de serviles intérêts pour qu'il s'engageât dans des conflits aussi inféconds que pernicieux !

Et les exégètes de la paix, les glossateurs de l'eudémonisme, les apologistes de l'harmonie, les esthètes de l'irénisme eurent beau donner de la voix pour montrer les voies authentiques de la conciliation, rien n'y fit : la guerre chemine sans encombre dans les méandres labyrinthiques des esprits les plus sensés, ceux qui sont censés conduire le monde. Les arcanes embrouillés du cerveau humain n'ont rien cédé aux visées opiniâtres d'un idéal féerique !

Longtemps, on a prétendu que la science et la culture s'entremêleraient pour échafauder un archétype de paix universelle. Aujourd'hui, il faudrait l'engouement d'un utopiste à tous crins, le bon vouloir d'un rêveur schizophrène, la bonhomie d'un optimiste irrationnel ou l'impétuosité d'un psychiatre néophyte pour croire encore à l'innéité de la paix. Billevesées ! La paix est une "guerre" que l'on doit mener continûment. En l'occurrence, chacun doit faire preuve d'une volonté irréfragable pour se rasséréner et annihiler ses instincts belliqueux. C'est le dilemme sous-jacent de la vie, entre soi et soi, entre les pulsions et la raison : un contretemps incoercible dans l'évolution de l'intelligence.

Mais ne désespérons pas. L'existence de l'homme, dans le maelström de l'univers, n'est que nanoseconde pour l'éternité. Même si le temps presse, l' Homo sapiens peut encore se dessiller et s'amender. Mais il n'est plus l'heure de faire le panégyrique de la paix ; il faut faire la paix.

Raymond Besson

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