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Les dictées... Paris, samedi 17 mai 2003 Gare à Gustave |
L'histoire qui suit n'est qu'une hallucination, conséquence d'un abus de bière fort houblonnée. C'est arrivé alors que j'attendais mon train à la terrasse d'une gargote devant la gare de l'Est. Je parcourais une biographie de Gustave Eiffel que m'avait donnée une petite-cousine née, comme le célèbre bâtisseur, à Dijon, mais à cent cinquante ans d'intervalle. J'en étais au troisième bock quand, en fin connaisseur de la gare, je m'aperçus que Gustave Eiffel devait se présenter au concours de l'École centrale alors qu'était édifiée la partie originelle du bâtiment.
Je continuai ma lecture. Le jeune Gustave montrera de nombreux talents : projeteur, ingénieur, conducteur de travaux, chef d'entreprise et physicien. Il sera même cheminot pendant quelque temps. Nous y voilà ! L'illumination m'atteignit de plein fouet avec la cinquième chope : et si Eiffel avait participé à l'édification de cette gare ? Tout aberrante qu'elle fut, cette hypothèse me parut vraisemblable. Les demis que je continuais d'ingurgiter n'étaient pas étrangers à ma bizarre supputation.
Qui plus est, l'idée était providentielle pour le moral posthume de notre Gustave ! Lui qui souffrit de n'être connu que pour sa tour parisienne, voilà qui allait lui donner une nouvelle raison de s'enorgueillir ! Cela dit, il n'a pourtant pas chômé : des ponts, des viaducs, des usines à gaz, des églises, des synagogues, la coupole flottante de l'observatoire de Nice, la statue de la Liberté, les écluses géantes de Panama, un éphémère laboratoire au sommet du mont Blanc... et des projets pour un tunnel sous la Manche et un réseau ferroviaire souterrain à Paris.
Le magnétisme de notre Gustave, aimantant de nouveau le chemin de fer, polarisa derechef ma pensée déliquescente. Du fond de mon accès de dipsomanie, je me dressai et hurlai à la cantonade : « Ne t'inquiète pas, ô illustrissime Eiffel, si tu ne vas pas à la gare de l'Est, la gare de l'Est ira à toi. Foi de moi ! » Ce n'est pas exactement ce qu'il advint ; en fait, je m'assoupis et ratai mon train.
Henri Girard, sur une idée de Claude Koch