Les dictées...

Paris, samedi 16 novembre 2002

Le départ

Tout a une fin. Je quittais Paris sans regret mais sans hâte. Quai de Valmy, dans un jardinet étique, devant des graminées qui manquaient de chlorophylle, un âne brayait pathétiquement en attendant d’hypothétiques promeneurs.

Devant moi, un homme à l’allure ambiguë baladait un griffon drôlement attifé d’un manteau effrangé. Ils tournèrent rue des Récollets. Machinalement, je leur emboîtai le pas. Le chien s’arrêtait sous chaque porche sans un regard pour les ferronneries d’art qui ornaient les encorbellements des vieilles demeures. Des ecclésiastiques à l’air paterne se promenaient dans les jardins du couvent transformé en hospice.

J’abandonnai à leur sort le quidam et l’animal pour me diriger vers la gare de l’Est. Le parvis était une vraie cour des miracles. Des clochards vêtus de hardes attendaient on ne sait trop quoi. L’un d’eux, au faciès de gibbon édenté, bayait aux corneilles tandis que son compagnon, le sourire béat, bâillait sans retenue. Une femme dépenaillée tentait de corriger un maquillage outrancier.

Sous les verrières, les voyageurs semblaient synchroniser leurs mouvements dans une marche syncopée. Une jeune femme fredonnait une ballade de Schubert. Une chorale en habits folkloriques reprenait des airs que j’avais déjà entendu jouer dans un hameau de Lorraine.

Dans le brouhaha des départs, les haut-parleurs ânonnaient des renseignements que personne n’écoutait. Les entrevoies mal éclairées paraissaient se fondre dans le faisceau des rails. Les trains se sont succédé régulièrement avant que le mien fût mis à quai.

J’envoyai une dernière carte postale dont les couleurs sépia me parurent désuètes comme un vieux cliché. Puis, je rejoignis mon compartiment aux sièges de moleskine bleu clair. Il était temps : le convoi s’ébranlait.

René Lérou

les commentaires

Les dictées