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Les dictées... Nantes, samedi 14 janvier 2006 Le voyage |
Remarquée par les édiles révérés de Saumur, elle s’était préparée avec réticence à ce voyage officiel qu’elle appréhendait. Dans son for intérieur, elle songeait que c’était un martyre de quitter son chez-soi au paroxysme de l’été. Et pour quoi faire ? Pour recevoir solennellement un trophée censé récompenser ses bons et loyaux services d’ancienne psychiatre.
Vêtue d’une robe en soie grège hors d’âge, chaussée d’escarpins démodés, elle arriva à la gare longtemps à l’avance et trouva sans coup férir sa place réservée dans une voiture apparemment très confortable : tablettes amovibles, rideaux à lamelles, appuis-tête individuels, accoudoirs… Le voyage commençait sous les meilleurs auspices.
Une fois l’agglomération traversée au ralenti, son train avait promptement pris de la vitesse. De derrière la vitre, elle bénéficiait d’une vue changeante assez attrayante, faisant apparaître successivement des pâturages clos, des hameaux isolés, des collines verdoyantes, des bourgs pittoresques avec leur clocher couronné d’un paratonnerre.
Après avoir grignoté des petits-beurre et avalé une gorgée de rhum, elle avait lu quelques contes moyenâgeux, puis s’était sentie partir dans les bras de Morphée.
Elle fut tirée de son assoupissement par un brusque ralentissement accompagné d’une sonnerie suraiguë. Le train se traîna ensuite devant une falaise percée d’habitations troglodytes. Elle bâilla discrètement et interrompit la monotonie du parcours avec un repas léger, tirant pêle-mêle de son cabas une flûte ramollie garnie d’un saucisson rosâtre, une pêche trop mûre, de l’eau gazéifiée…
L’express, entre-temps, avait repris son rythme normal ; il rattrapa son retard et, après une succession de sauts-de-mouton, atteignit le chef-lieu à l’heure prévue.
Claude Koch