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Les dictées... Metz, samedi 20 mars 2004 En passant par la Lorraine |
Proposez donc à un Parisien une promotion en Lorraine, et voilà qui le mettra dans un profond désarroi, tant cette région pâtit, dans la capitale, d'une image néfaste ; s'y attachent une prétendue réserve des autochtones, une supposée rigueur du climat et une hypothétique âpreté de la vie. Bien sûr, tout cela n'est que leurre, et il faut n'être jamais venu ici pour s'y laisser prendre.
Moi, je sais ce qu'est l'accueil des Lorrains : empreint, pour peu que l'on veuille les écouter, d'une indicible bonhomie ; car, bien qu'ils se tiennent souvent cois, ils ont des flopées de choses à dire, sans la moindre cachotterie, sans qu'on ait besoin de passer au confessionnal ; l'histoire a en effet marqué la vieille Lotharingie d'un sceau indélébile, exempt de toute boursouflure.
Je sais aussi que le climat n'est pas dénué de grâce ; des contreforts limoneux des Ardennes aux excroissances gréseuses des Vosges, il alterne, comme dans un poème, consonances et dissonances, et il faudrait être tatillon ou persifleur pour ne pas aimer cette prégnante variété. Je sais enfin ce que sont les charmes de la vie ; il n'est que de citer la Meuse et l'enfilade de ses affluents, la route des Vins, que les Alsaciens rechignent à partager, ou la vallée de la Nied, inoubliable en automne.
Tout cela pour dire qu'il n'y a rien de déshonorant à s'installer en Lorraine ; pas de quoi s'irriter ou devenir irascible ; pas de quoi trembloter non plus. Car cette région, au-delà de ses hauts fourneaux et de ses houillères, a ses îlots de verdure, ses villages sereins où tintinnabulent des cloches apaisées, ses matins purs et ses soirées douceâtres. De quoi justifier la toquade à laquelle certains se laissent prendre sans résipiscence.
Alors, goulûment, abandonnons-nous aux plaisirs de la Lorraine ; à la cantonade, mais sans nous époumoner, vantons-en les charmes ; sans excès, cependant : pour combatifs qu'ils soient, les Lorrains n'ont pas besoin de racoler.Raymond Besson