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Les dictées... Lille, samedi 18 octobre 2003 Pigeons voyageurs |
J'ai retrouvé récemment le carnet de colombier de mon père. Aussitôt, ma tête s'est emplie de réminiscences et de bruits que ma mémoire avait occultés : le tohu-bohu des pigeons amoureux, le souffle soyeux d'un vol plané, le va-et-vient rocailleux des grains de maïs dans une boîte en fer-blanc, le cliquetis des balanciers sur la butée de la trappe Et la voix de la radio du dimanche matin : « Chantilly : beau temps ; les pigeons ont été lâchés à sept heures trente »
Jacques était dubitatif. Quelle serait la vitesse de sa noire ? Soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix kilomètres à l'heure ? Au mieux, cela ferait un retour vers neuf heures et demie
Les heures avaient passé. Jacques avait fait rentrer tous ses pigeons de peur qu'ils ne retinssent la noire sur le toit à son arrivée. Il avait éloigné ce qui, alentour, était susceptible d'inquiéter la jeune femelle ; il avait même fallu que sa femme dépendît le linge qui séchait sur le fil du jardin : dans le vent, une chemise, ça ressemble presque à quelqu'un qui court !
Neuf heures quarante-cinq. « Les voici ! » cria-t-il à tue-tête. Et il ne se trompait pas. C'étaient bien les jeunes d'Anzin, une vingtaine. Jacques pesta : « En groupe ! Comment va-t-on les départager ? Bande de fainéants ! Ils n'ont pas voulu se séparer ! Pas surprenant qu'ils aient vingt minutes de retard ! » L'un d'eux se détacha et piqua vers lui. « C'est bien ma noire ! » Elle fonça droit vers la trappe, s'y posa élégamment, regarda son maître d'un il vif et satisfait, et s'engouffra dans le pigeonnier. Jacques l'y rejoignit par l'échelle. Il s'empara du volatile et lui ôta sa bague de caoutchouc qu'il introduisit dans le constateur. Neuf heures cinquante-deux ! Le style l'attesterait tout à l'heure, quand on procéderait au dépouillement de la bande. La femelle noire ne serait que troisième pour Anzin, mais elle gagnerait quand même six fois sa mise. On ferait mieux la prochaine fois.
Raymond Besson