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Les dictées... Lille, samedi 26 octobre 2002 Un ch'timi |
À vingt ans, encaserné dans la capitale, rien ne lui paraissait plus français que Paris. Nul ne lui semblait plus esthète quun Parisien. Il en renia corons, terrils, fosses, hauts fourneaux, patois et accent. Puis, dans la grande passoire de sa carrière de cheminot, dans des résidences de plus en plus éloignées de son fief, il négligea ses racines.
Pourtant, où quil fût, quoi quil fît, son cur bondissait comme au matin dun nouvel amour quand il entendait quelques mots de son rouchi. Alors grandissait en lui le besoin dun retour aux sources. Lappel du pays devenait irrépressible. Lenvie de replonger au sein de son ethnie simposait à lui.
Il revint plus souvent chez lui. Sitôt posé le pied devant sa maison natale, un flot incoercible le submergeait, déliant sa langue et inondant son vocabulaire des sonorités fortes de son patois. Il prenait un plaisir ineffable à bousculer le français, à torturer la syntaxe et la grammaire.
Quelquefois, honteux de ce comportement, il jugeait sévèrement cette espèce davilissement. Il croyait sencanailler et nétait pas encore guéri de sa mondanité. Il vouait aux gémonies ses instincts populaires et repoussait, par un restant de snobisme, ses origines et ce qui les avait bercées.
Cest un soir de ducasse, après les démonstrations dun paganisme des plus débridés (course à sac, défilé de vélos fleuris, embrasement des bosses de gilles, procession du poivrot ), quil avait décidé de ne plus réfréner son engouement.
Aujourdhui, quon nessaye pas de fustiger la rudesse des gens du Nord ; il vous dirait quils sont comme les oursins, de carapace rude et de cur tendre. Quon nétrille pas son patois rauque et guttural ; il vous dirait quil recèle plus de puissance que beaucoup de grandes langues, car il est né dhommes laborieux, endurcis par les invasions, les guerres et la vie rude.
Raymond Besson