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Clermont-Ferrand, samedi 2 février 2002

Voyage à Clermont

On ne lui avait pas laissé le choix : bien qu’il eût préféré la quiétude de sa thébaïde parisienne à cette hasardeuse mission d’inspection en province, il lui avait fallu se lever tôt et, dans le clair-obscur d’un matin blafard, aller attraper presque au vol le premier train en partance pour l’Auvergne.

Dès le départ, douillettement installé, il tira de sa serviette le sacro-saint règlement en rapport avec l’objet de sa mission ; mais, bercé par le rythme régulier du roulement, il eut bientôt à lutter contre un incoercible assoupissement. Après avoir adressé maints saluts ensommeillés à l’inconnue assise en face de lui, plus amusée qu’étonnée de le voir ainsi dodeliner, il finit par abandonner la lutte et, la tête bien calée dans l’encoignure, se mit à ronfler sans vergogne.

Le crissement des patins de frein sur les roues, suivi d’un arrêt assez brutal, le réveilla d’un coup. Se penchant à la fenêtre, il eut juste le temps de voir, à l’avant du convoi, un sémaphore, sans doute intempestivement fermé, repasser au vert ; et le train repartit pour s’arrêter une demi-heure plus tard en gare de Clermont-Ferrand, terme de son voyage.

Comme il disposait de quelque deux heures de liberté avant le moment de son rendez-vous, et quel que fût son désir de mieux connaître une ville qu’il n’avait encore jamais vue, il décida de se consacrer ce jour-là à la seule visite de la cathédrale.

Il y parvint après avoir quelque peu ahané dans la petite montée, sous un soleil qui, presque au zénith, chauffait ardemment, dans une moiteur prégnante ; il lui sembla même entendre un bruit dont il ne put dire si c’était un coup de tonnerre ou une simple détonation, et qui ne se reproduisit pas… Bref, il fut heureux de goûter la fraîcheur du narthex. S’avançant lentement dans la nef, il parvint au chœur et s’arrêta, béat d’admiration, devant les chapiteaux ornés de sculptures des plus expressives.

Puis il descendit dans la crypte du onzième siècle, que les Clermontois appellent la Souterraine ; il espérait bien y découvrir quelque sarcophage mais ne put y trouver qu’une petite Vierge noire, placée sur un autel avoisinant un puits antique.

Hélas ! il dut bien vite s’arracher au charme de l’endroit car l’heure était venue de rallier le lieu de sa mission. Une autre fois, peut-être, il pousserait jusqu’à la chaîne des Puys.

Jean Flamion

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