Les dictées, les commentaires...

Lille, samedi 26 octobre 2002

Un Ch'timi

Ch'timi - adj. et n. ; mot formé, par plaisanterie, de trois formes picardes : ch' - article défini -, ti - toi -, et mi - moi ; apparu vers 1900, ce mot désigne une personne originaire du nord de la France.

Français - il s'agit ici d'un adjectif exprimant la qualité attribuée à quelque chose (attribut) et il ne faut pas mettre de majuscule.

Nul - pronom indéfini qui est alors sujet du verbe et masculin.

Esthète - n. employé comme adjectif ; personne qui affecte de considérer la beauté comme la valeur suprême ; ce mot dérive, via le latin, du grec aisthetikos = qui perçoit par les sens ; on se souviendra que le grec avait deux lettres pour exprimer (à peu près) le son : t (tau) et q (thêta) ; chaque fois que le grec employait le thêta, on retrouve le th en latin et en français.

Parisien - il s'agit ici de l'habitant de Paris ; il faut donc une majuscule.

Coron - vient du picardo-wallon cor(n) = coin ; groupe d'habitations ouvrières en pays minier ; ce mot a été vulgarisé par Émile Zola dans Germinal, puis, plus près de nous, par Pierre Bachelet dans sa chanson Les corons.

Terril - prend deux r , comme terre ; on peut écrire terri ; le l final ne s'entend pas, comme dans fusil, courtil… ; ne pas confondre le terril, constitué de déchets des mines de charbon, et le crassier, constitué de déchets d'usines sidérurgiques ou métallurgiques.

Hauts fourneaux - depuis 1990 et les rectifications de l'orthographe, on peut écrire avec un trait d'union ; le pluriel est régulier : s à l'adjectif haut et s au substantif.

Fief - n. m. à l'origine incertaine (bas latin fevum = bétail, bien ; ou francique *fëhu) ; a d'abord signifié : domaine noble qu'un vassal tenait d'un seigneur, à charge de redevance et en prêtant foi et hommage ; à partir du XIXe siècle, le sens s'est étendu au secteur d'activité qu'on se croit réservé, qu'on cherche à garder pour soi. Jean Flamion pense que le mot fief dérive de l'indo-européen peku (troupeau), qui a donné pecus (troupeau) en latin, *fëhu (bétail) en francique, et… Vieh (bétail) en allemand.

Où qu'il fût - où que est adverbe relatif indéfini, normalement suivi du subjonctif ; nous sommes donc en présence du verbe être conjugué à l'imparfait du subjonctif, d'où l'accent circonflexe sur le u.

Quoi qu'il fît - quoique ne s'écrit en un seul mot que lorsqu'il est conjonction et signifie bien que ; dans tous les autres cas, quoi que s'écrit en deux mots et entraîne généralement le subjonctif, d'où l'accent circonflexe sur le î de fît, verbe faire à l'imparfait du subjonctif.

Cœur - n'oublions pas la ligature (e dans l'o) dans des mots comme cœur, œuf, bœuf, sœur, œil… ; le o provient du latin (cœur = cor ; œuf = ovum ; sœur = soror ; œil = oculus).

Rouchi - n. m. ; c'est le nom officiel de cet idiome qu'on appelle le plus souvent ch'ti, et qui est en fait le parler picard du Hainaut ; le rouchi a son lexicographe, qui s'appelle Jean Dauby, auteur, mort en 2000, d'un Dictionnaire du rouchi, et ses écrivains et poètes, dont le plus célèbre fut Jules Mousseron, créateur de Cafougnette.

Irrépressible - la formation des mots à valeur négative se fait souvent avec le préfixe in (inacceptable, incertitude, inoui, insurmontable) ; le n de in se transforme en m devant b, m et p (imbattable, immaculé, imparfait) ; et puis, souvent, le n a été remplacé par un redoublement de la consonne première lettre des mots commençant par l et r (illisible, illégal, illogique, illégitime ; irrespect, irraisonné, irrationnel) ; mais, depuis le XIXe s., le redoublement du l ou du r n'est plus systématique, et l'on trouve des formes comme inlassable ou inracontable.

Ethnie - deux difficultés dans ce mot, directement issu du grec ethnos = race, peuple  : pas d'accent sur le e initial, et th, venant du thêta grec ; on notera que, de tous les mots commençant par eth, seul ceux dans lesquels le préfixe est suivi d'un m ou d'un n n'ont pas d'accent sur le e (éther mais ethmoïde ; éthane mais ethnie).

Sitôt - adverbe, il s'écrit en un seul mot et remplace aussitôt devant un participe.

Incoercible - vient du latin coercere = contraindre ; il ne faut pas de h entre le o et le e, pas plus que dans coercition ou coercitif.

Ineffable - vient du latin ineffabilis via effabilis (= qui peut se dire) composé à l'origine sur ex (= de, à partir de ) et sur fabilis (= dicible) ; le premier f est donc un vestige du x de ex ; se dit de sentiments, de sensations dont la force, la beauté ne peuvent être exprimées par des mots.

Syntaxe - vient du grec suntaktikos ; la lettre grecque que l'on représente par un u a été remplacée par un y  ; à noter que l'allemand prononce toujours u le y.

Quelquefois - adverbe, s'écrit en un seul mot, contrairement à quelque chose.

Mondanité - n. f. ; est pris ici dans son sens ancien (1680), comme habitude des usages mondains, fréquentation du monde.

Vouait aux gémonies - les gémonies étaient, dans l'Antiquité romaine, l'escalier du mont Capitolin où l'on exposait les corps des suppliciés ; vouer aux gémonies, c'est livrer quelqu'un ou quelque chose au mépris public.

Ce qui les avait bercées - ce est ici pronom démonstratif, antécédent de qui ; par mansuétude, nous admettrons aussi ceux ; bercées : participe passé employé avec avoir, s'accorde avec le complément d'objet direct lorsqu'il est placé avant le verbe ; ici l'accord se fait donc avec les, mis pour origines.

Ducasse - altération de dédicace (fautive puisque avec deux s au lieu de c). En Gaume, on dit toujours la dicace ; c'était à l'origine le jour de la fête du saint auquel la paroisse était dédiée (dédicacée), la fête patronale.

Paganisme - n. m., du latin paganismus = état de ceux qui ne sont pas chrétiens ; le paganus était au Moyen Âge l'habitant du pagus (= pays), équivalant au canton d'aujourd'hui ; pendant plusieurs siècles, alors que les habitants du chef-lieu étaient déjà convertis au christianisme, les gens des campagnes d'alentour, les pagani, continuaient à adorer leurs anciens dieux ; le mot païen est la contraction de pagani  ; quant à paganisme, sa dérivation est logique.

Des plus débridés - des générations de puristes nous ont expliqué qu'il fallait distinguer, dans les expressions des plus, les cas où l'on voulait exprimer un état porté à son plus haut niveau et les cas où l'on voulait remarquer une chose parmi d'autres qualifiées de la même façon ; faut-il, ici, dire que le paganisme est le plus débridé ou parmi les plus débridés ? Pour notre part, nous renonçons à ces subtilités et mettons toujours au pluriel après des plus, mais nous ne compterons pas de faute si débridé est écrit au singulier.

Course à sac… - nous ne compterons pas de faute si toutes les démonstrations citées sont mises au pluriel ; en revanche, sac doit être au singulier (c'est une course dans un sac), vélos fleuris au pluriel (il y en a plusieurs dans un défilé), bosses au pluriel (on brûle les bosses de tous les gilles), gilles au pluriel…

Réfréner - on écrit aussi correctement refréner et réfréner ; c'est mettre un frein à la violence de quelqu'un, à un sentiment trop vif…

Engouement - n. m. ; admiration exagérée ; vient de l'ancien français goue = gueule.

On n'essaye pas - ne pas oublier la négation ne , abrégée en n' ; quant à l'orthographe du verbe, il y a deux écoles de grammairiens, ceux pour qui le y de l'infinitif doit subsister dans toute la conjugaison, et ceux pour qui le y se transforme en i à certaines personnes et dans certains temps (singulier du présent de l'indicatif, du subjonctif et de l'impératif ; toutes les personnes du futur simple et du conditionnel présent).

Fustiger - vient du latin fustis = rondin ; dans son sens ancien, fustiger signifiait battre à coups de bâton ; aujourd'hui, c'est critiquer vivement.

Étriller - initialement, c'était frotter son cheval avec une étrille ; puis, au XVe s., ce fut aussi battre quelqu'un, le malmener, le réprimander, le critiquer violemment ; enfin, depuis le XVIIIe s., c'est encore faire payer trop cher ; c'est le deuxième sens qu'il faut donner ici au verbe.

Guttural - vient du latin guttur (avec deux t) = gosier ; guttural signifiant qui vient du gosier, marque une légère différence par rapport à rauque qui se dit d'une voix rude dont le son est grave et voilé.

Recèle - comme dans tous les verbes en eler se pose la question de l'orthographe lorsque le son final de la conjugaison est muet ; faut-il doubler la consonne d'appui ou mettre un accent grave sur le e qui la précède ? Ici, comme dans peler, on écrit èle.

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