| cherchez l'erreur | |||||||||||||||||
n° 239 |
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De temps en temps, on se laisse encore prendre aux déclarations d’intentions des hommes politiques. Tenez ! Je me souviens de l’espoir qu’avait fait naître chez certains la communication que la Commission européenne fit le 22 novembre 2005, par laquelle elle affirmait vouloir « encourager l’apprentissage des langues et promouvoir la diversité linguistique dans la société », avec « l’objectif à long terme (…) d’accroître le multilinguisme individuel jusqu’à ce que chaque citoyen ait acquis des compétences pratiques dans au moins deux autres langues que sa langue maternelle ». Sans être une adepte du multilinguisme, je voyais là le moyen de « respecter l’identité linguistique de tous les citoyens » et d’éviter que l’anglais devienne la langue de mon réveil, de mes repas, de mon travail, de mes loisirs et… de mes orgasmes. Quelque temps plus tard, j’ai lu ce qui suit avec une jouissance certaine : « Si je suis élu, (…) je me battrai pour que dans les instances européennes et à l’O.N.U. le français continue d’être employé. Ce sera naturellement une obligation absolue pour tout représentant de la France dans les organisations internationales. Surtout je me battrai pour que soit généralisé partout en Europe l’enseignement de deux langues étrangères parce que c’est la seule façon efficace pour que l’hégémonie de l’anglais soit battue en brèche. » Cette citation est tirée d’un discours prononcé à Caen, le vendredi 9 mars 2007, par celui qui allait devenir le Président de la République française. Et ce fut dit avec un tel accent, avec une telle sincérité, une telle bonne foi que nombre de gens autour de moi ont pris la décision de voter pour Nicolas Sarkozy en avril et mai 2007. Je me garderai bien de jeter la pierre à quiconque. Ceux qui vivent d’illusions ne sont pas plus malheureux que les autres. Cela dit, l’équipe du Dévorant, dans Ainsi va la langue du présent numéro, explique qu’en Angleterre, depuis 2004, le gouvernement de Tony Blair a supprimé l’obligation d’apprendre une langue étrangère à partir de quatorze ans. Comment s’étonner que le nombre d’élèves apprenant le français ait baissé de moitié de 2001 à 2008 ? Les Anglais seraient-ils exempts de multilinguisme ? Quelqu’un a-t-il tenté de les remettre sur les rails de la politique de la Commission ? Charité bien ordonnée commençant par soi-même, on pouvait espérer que l’Union mettrait tout en œuvre pour favoriser le multilinguisme. Mais vous connaissez comme moi dans quelles langues sont écrits les textes émis par la Communauté européenne :
Récemment, le commissaire européen chargé du multilinguisme, le Roumain Leonard Orban, s'inquiétait de la disparition des interprètes francophones : « Faute d'accroissement du nombre de diplômés qualifiés issus des écoles d'interprètes et des universités, les institutions de l’U.E. perdront près de la moitié de leurs interprètes de conférences francophones dans les dix années à venir du fait des départs à la retraite. » Et la Commission de préciser « que les effectifs de l'unité française sont critiques pour le fonctionnement du service d'interprétation de la Commission – et au-delà pour les institutions et organismes qu'il dessert. 75 % de toutes les réunions des instances européennes sont interprétées vers le français et pratiquement toutes les réunions en ce qui concerne le Conseil de l'Union, le Parlement européen et la Cour de justice. » Les raisons de cette pénurie d'interprètes résident dans « l'usage croissant de l'anglais comme moyen de communication à l'échelle mondiale, lequel a véhiculé une croyance répandue selon laquelle la faculté de parler anglais suffit pour les contacts internationaux, à la fois pour le travail et pour la vie personnelle ou sociale. Par voie de conséquence, le nombre de jeunes gens apprenant plusieurs langues a sensiblement diminué. » La Commission se voit donc contrainte de lancer une campagne de recrutement en France, en Belgique francophone et au Luxembourg... Voilà qui me laisse pantoise. Je vous le dis comme je le pense. Ou la Commission cherche à se dédouaner de son impéritie, ou nous n’avons pas su satisfaire un besoin bien réel, malgré nos deux millions et demi de chômeurs. Mais, dans un cas comme dans l’autre, c’est encore du côté des politiques qu’il faut chercher l’erreur.
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Myriam Hadoux |
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