| Ainsi va la langue | |
n° 239 |
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ARRAS, VILLE FRANÇAISE ? Le quotidien La Voix du Nord du 10 août 2009 a publié l’article ci-dessous, co-signé par Jean Lancial et Raymond Besson. L’autre jour, en me baladant du Pont-de-Cité à la gare, j’ai cru que j’étais en Angleterre. Ou presque. À croire que la mondialisation est devenue une évidence, même à Arras, et que l’anglais est devenu la langue vernaculaire du commerce et du parler branché. À croire que les défenseurs de la langue française seraient des has been. Il y avait un Dock Games, un IKKS Women, un Anonym Hair, un Class VIP, un Nuggets (cinebank), un One Step, un Pimkie affichant « Fall Winter Collection 09 ». Et je n’étais pas au bout de mes peines puisque rue Ernestale m’attendaient un Claire’s prétendant : « Where getting ready is half the fun »), un M & S (« Retailer of the year France ’08 »), un Guest, un Bamboo, un Scottage, The PhoneHouse. Ma promenade tourna au calvaire dans la rue Gambetta avec Camaïeu et sa « New Collection », Jennyfer, edc by Esprit, New Man. Chez Ultima Games, on présentait World of Warcraft (« Wrath of the ligh King », expression comportant deux fautes d’orthographe), le meilleur du Hack and Slash sur PC, un Virtual Tennis 2009, X-Men Origins Wolverine uncaged edition, President Evil (« Fear you can’t forget »). Jusqu’à Photo Jean qui me proposait un Fuji Fine Pix Appel iPod Shuffle, et au Furet du Nord qui tentait de m’allécher avec des « Prix Small et un choix XXL », avec Batman (dans The Dark Night et The Blue Ray)… Jusqu’à ce Toast’ N Cafe qui semblait hésiter entre l’anglais et le français. Et me revint en mémoire ce que disait le philosophe Michel Serres en 1992 : « Actuellement, les savants, les publicistes, les journalistes parlent anglais. On voit sur les murs de Paris beaucoup plus de mots anglais qu'on ne voyait de mots allemands pendant l'Occupation. Tous les gens qui ont une quelconque responsabilité dans mon pays ne parlent plus ma langue. Par conséquent, j'appelle le français "la langue des pauvres". Et je la soigne comme je soigne en général les idées que j'ai sur les pauvres. » D’aucuns diront en me lisant : « Encore un qui est contre les Anglais ! » Oh ! Que non ! La langue anglaise est aussi riche que la langue française. Ce n’est pas elle que je vise, mais la langue internationale hégémonique appelée globish, qui n’est forte que de quelques centaines de mots. En se substituant à toutes les autres langues, elle broie toutes les cultures et tente de prouver qu’elle peut servir dans tous les secteurs de la vie sociale : la recherche, la technique, le commerce, la haute couture ou la grande cuisine… C’est faux ! On ne crée bien, on ne travaille bien, on n’achète bien, on ne savoure bien qu’avec les mots de sa langue maternelle ; l’emploi de toute autre langue est toujours cause d’inconfort et de stress. Alors, quand je vois les efforts que déploient les pouvoirs publics pour promouvoir – stérilement – l’anglais (efforts qui, finalement, ne profitent qu’à l’économie anglophone), je me dis qu’on ferait mieux de bien apprendre le français à nos enfants ; ainsi arriveraient-ils moins démunis sur le marché du travail.
LA BASSE-NORMANDIE, RÉGION FRANÇAISE ? Nous est tombé récemment sous les yeux le numéro 72 de la revue Reflets éditée par la région Basse-Normandie. À la rubrique "transports", on nous révèle l’existence de deux abonnements appelés Liber’TER et Boos’TER. Ailleurs, on nous apprend l’existence d’une carte permettant aux jeunes d’obtenir des réductions sur les livres scolaires, les loisirs, les transports… ; elle est baptisée du joli nom de Cart’@too. Quant au réseau de bus de l’agglomération de Caen, il s’appelle Twisto. Et nous n’évoquerons que pour le plaisir les festivals de l’été de la région qui se sont déroulés à Montmartin, avec Tricky, Poni Hoax, Improvisators, Dub, Blue King Brown… ; à Bayeux (Calvadose de rock) avec les Wampas, les Fatals Picards, My Girl in Trouble, The Dodoz, Stuck in the Sound, The Rakes ; à Briouze (Art Sonic) avec La Rue Kétanou, les Wampas, The Rakes, Alborosie, DJ Zebra, Tagada Jones, Second Sex, Casualty, Dub Trio, The Gaslight Anthem, Boogers…
ORLY, AÉROPORT FRANÇAIS ? Le 5 août dernier, un avion A320 de la compagnie espagnole à vil prix Vueling assurait le vol VY9127 Orly – Alicante ; il transportait essentiellement des touristes français et des travailleurs espagnols avec leurs familles. L’un des réacteurs a pris feu avant le décollage. Or, le personnel navigant ne parlait pas français et s’est adressé en anglais aux passagers. Du coup, l’évacuation s’est déroulée dans une grande pagaille et huit personnes ont été blessées. Le secrétaire d’État aux Transports français, saisi par l’association Défense de la langue française, a promis d’examiner l’affaire et de faire part de ses décisions.
FRANÇOIS DE CLOSETS, ÉCRIVAIN FRANÇAIS ? François de Closets vient de commettre un essai intitulé Zéro faute : l’orthographe, une passion française. Il y dénonce l’enseignement du français dans nos écoles, lequel serait assuré selon de « vieilles méthodes gendarmesques et répétitives ». Sans doute l’homme a-t-il quitté l’école depuis longtemps ! Et il prétend que notre orthographe serait un « entassements de singularités, de bizarreries, d’anomalies »… C’est facile de cracher dans la soupe quand on s’appelle François de Closets et qu’on est ancien élève de Sciences Po ! Il faut dire, selon Bruno Dewaele, qui a contré vigoureusement l’essayiste dans La Voix du Nord du 6 septembre 2009, que François de Closets avait besoin de « relancer une carrière un brin somnolente depuis le lointain succès de Toujours plus ! » et « de se tailler à moindres frais un profil d’iconoclaste. »
LE FRANÇAIS, PREMIÈRE LANGUE VIVANTE EN GRANDE-BRETAGNE ? Mais oui, c’est vrai. Sauf que, depuis que le gouvernement de Tony Blair a, en 2004, supprimé l’obligation d’apprendre une langue étrangère à partir de quatorze ans, l’enseignement du français ne cesse de décroître en Grande-Bretagne : 341 000 élèves en 2002 et seulement 188 000 en 2008, soit seulement un élève sur quatre. Mais pourquoi demanderait-on aux jeunes Britanniques d’apprendre une langue étrangère puisque tout le monde parle anglais ! Parler ! Parler ! C’est un bien grand mot ! |
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